Bonjour

Stéphane Jezequel, ingénieur régional Arvalis : « La recherche variétale et le pilotage technique, deux axes forts du plan de relance »

P9Le handicap climatique du Sud-Est a été intégré dans le plan national, pourquoi ?

La région est en désavantage compétitif à cause de lui. Ses coûts de production sont élevés car ses rendements sont bas. Tous les investissements que la filière met dans la recherche doivent servir à tous, le réchauffement climatique affectant tout le monde à plus ou moins long terme. Les techniques de sélection actuelles permettent d’identifier les marqueurs moléculaires qui réagissent en condition de stress et de les intégrer dans les programmes de sélection. Depuis 2010, la station de Gréoux dans les Alpes-de-Haute-Provence accueille des essais de ce type. Uniques en France, plus de 200 variétés de blé y sont étudiées. L’objectif est de trouver le plus rapidement possible les meilleurs candidats pour répondre à ce fameux changement climatique. Nos travaux sont intégrés à une base de données nationales qui serviront de mode de calcul partout dans l’hexagone. »

Les recherches portaient essentiellement sur le blé tendre

En effet, elles ont permis d’identifier des zones du génome du blé tendre intervenant dans la tolérance au stress hydrique. Nous avons travaillé sur un large panel génétique avec un outil de phénotypage unique qui mesure l’architecture de la végétation des céréales et son contenu biochimique. Les éléments recueillis pourront participer à la construction de nouvelles variétés tolérantes. Grâce aux initiatives prises, et à l’impulsion de la région Paca, ce travail va rapidement s’appliquer au blé dur. Un programme de recherche à hauteur de 730 000 € sur 4 ans va nous aider. Ces essais bénéficieront des protocoles et des méthodes élaborés pour les essais blé tendre. Pour être complet dans ma réponse, ce programme « blé dur » s’appuiera sur un panel de variétés (190) issues du monde entier. Après une phase de multiplication des échantillons, la campagne 2014/2015 a été mise à profit pour mesurer le critère stress climatique. La mise en place d’essais génomiques dédiés au blé dur, plus pointus, interviendra dès 2017.

On a parlé de 4 leviers d’intervention pour concrétiser ce plan. Cela suffira-t-il ?

Oui, dans la mesure où ils sont interdépendants. Avoir des variétés adaptées est le socle de la recherche/développement, notamment en Provence, Languedoc-Roussillon et le Sud-Ouest, très concernés par le stress hydrique. Ils sont porteurs de cette recherche. Mais l’accompagnement technique reste une nécessité absolue. Les paramètres climatiques ne sont pas les mêmes d’une année à l’autre, d’où l’insistance de bien les con­naître pour avoir une conduite de culture adaptée. Cela passe par le 3e levier aussi, celui de l’accès à l’eau et aux moyens d’irriguer. Ce levier est le plus facile car le plus rapide à mettre en place. Enfin, le renforcement du soutien au blé dur concerne les aspects plus « politiques » de la filière à l’égard des pouvoirs publics et des moyens que ces derniers voudront bien mettre en œuvre. En attendant, on s’active sur le terrain.

Propos recueillis par Sami Lekhal

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