Bonjour

Trois questions à Nicolas de Sambucy, président du comité régional Céréales de FranceAgriMer

P8_2Pourquoi un focus particulier sur la production de blé dur dans le Sud-Est ?

Cette 18e journée de la filière se tenant dans notre région a permis de rappeler qu’elle est en première ligne face au changement climatique. Comme je l’ai expliqué dans mes interventions, la production de blé dur en est largement impactée, tant sur le plan économique que technique, notamment sur le plan variétal. Il y a un an nous avons voulu que soient pris en compte lors de l’élaboration du plan de relance nos spécificités méditerranéennes. Le but, comme l’a précisé le président Gleizes, est d’avoir une complémentarité entre toutes les régions en terme de production, transformation, etc, pour « ne perdre personne en route. » Aujourd’hui, nous présentons un premier bilan.

C’est un bilan mitigé qui montre les difficultés de la région Sud-Est face à ce plan de relance. 

Exact, nous avons perdu en 10 ans 40 % des surfaces et 30 % de la collecte, pour en arriver en 2014 à 41 000 ha  pour un volume collecté de 330 000 tonnes au lieu de 520 000 tonnes en 2007. Cela est dû à des coûts de production plus élevés qu’ailleurs, un climat difficile qui pénalise nos rendements. Ce handicap climatique représentait 3 q/ha en 2000 pour passer à 10 q/ha en 2015. Les enjeux sont considérables en recherche variétale et pilotage technique. Nous avons les moyens d’y remédier en partie puisque nous avons le « château d’eau » alpin permettant les irrigations nécessaires. A négocier avec les partenaires et collectivités locales. Mais nous avons aussi plus de 20 000 ha de prairies temporaires en Paca, qui étaient emblavées en blé dur en 2007 et, du fait du coût de production élevé, ont été convertis en « prairies temporaires » depuis. Il faudrait que l’état modifie la répartition financière des enveloppes des soutiens couplés dans le premier pilier, comme il en a l’unique possibilité dans cette programmation Pac avant le 1er août 2016. Pour revaloriser l’aide couplée existante à la hauteur du handicap climatique.

La reconnaissance du blé dur comme culture spécifique auprès de la Pac semble récurrente. Toujours l’Europe ?

En effet, nous n’avons toujours pas eu de réponse des pouvoirs publics pour l’instant. Même de l’Europe. La complexification à outrance de la réglementation française issue du règlement européen est un frein à l’élaboration et l’instruction des dossiers. Dans le cadre de la diversité d’assolement imposée par le verdissement de la Pac on peut réclamer cette reconnaissance. La culture du blé dur est différente de celle du  blé tendre. Jean-François Gleizes ne cesse de le répéter. L’enveloppe actuelle est de 7 M€ pour la zone traditionnelle (Paca, Languedoc-Roussillon, Drôme, Ardèche, etc, sans oublier une partie de Midi Pyrénées). Un prélèvement supplémentaire faible, linéaire sur toutes les aides couplées pourrait répon­dre très facilement à notre demande.  On souhaite le triplement des aides couplées du premier pilier de 40 €/ha à 120 €/ha, invitant la France à intervenir par notification avant le 1er août 2016 auprès de la Commission européenne.

Propos recueillis par Sami Lekhal

N'hésitez pas à partager cet article : Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn