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Agriculture biologique : Châtaigne : le développement de la lutte bio pour un marché en demande

Présente sur 480 ha et se trouvant dans un contexte commercial très favorable, la châtaigneraie bio pourrait bien se porter… mais ce serait sans compter sur le cynips, ce parasite qui diminue fortement la production de châtaignes. Depuis 2011, 112 communes ont été contaminées.

Le cynips du châtaignier est arrivé en France en 2010 et s’est disséminé en 4 ans sur tout le territoire français. En Languedoc-Roussillon, des foyers ont été découverts dans les cinq départements. En provenance d’Italie, le cynips a aujourd’hui été observé dans quasiment toutes les communes castanéicoles du Gard. Le front d’infestation du cynips avance en Lozère et dans l’Hérault, il est aux portes de la principale zone de production de châtaignes du département.
Pour contrer cette menace, les producteurs de châtaignes rejoints par les apiculteurs se mobilisent pour organiser et mettre en place une lutte biologique accompagnés par la Chambre régionale d’agriculture, leurs interprofessions (Union Languedoc-Roussillon des acteurs castanéicoles, Ulrac) et la Fredon LR (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles).

Biologie et dégâts

Considéré au niveau mondial comme le ravageur le plus important du châtaignier, le cynips du châtaignier (Dryocosmus kuriphilus) est un petit hyménoptère noir de 2 à 3 mm de long. Il pond en juin-juillet dans les bourgeons. Les jeunes larves passent l’hiver dans les bourgeons sans qu’il y ait de symptômes apparents. Ce n’est qu’à partir du printemps que des galles apparaissent. Ces galles, vertes à rouges, de 5 à 20 mm peuvent êtres situées sur tous les organes verts : nervure, pétiole de la feuille, rameau, inflorescence, etc. Elles provoquent une diminution importante de la pousse des rameaux et de la production puisque les fruits sont situés sur le bois de l’année (baisse de 50 à 80 % de la production observée en Ardèche, dans le Gard, les Alpes-Maritimes et en Corse). Les adultes sortiront de ces galles en juin-juillet suivants.

34 nouvelles communes contaminées en 2015

• 15 dans le Gard : Lamelouze, Les Salles du Gardon, Branoux les Taillades, Sainte Cécile d’Andorge, Vabres, Aulas, Cendras, Chamborigaud, Fressac, Génolhac, Mialet, Saint-Martial, Saint-Martin de Valgalgues, Saint-Paul la Coste et Saint-Sébastien d’Aigrefeuille.

• 9 dans l’Hérault : Boussagues, Combes, Rosis, Saint-Gervais-sur-Mare, Taussac-la-Bilière, Villemagne-l’Argentière, Dio-et-Valquières, Ceilhes-et-Rocozels et Avène.

• 6 en Lozère : Altier, Saint-Andéol de Clerguemort, Saint-André de Lancize, Saint-Martin de Boubaux, Saint-Martin de Lansuscle et Le Collet de Dèze.

• 3 dans les Pyrénées-Orientales : Villeneuve la Rivière, Ille-sur-Têt et Pézilla la Rivière.

• 1 dans l’Aude : Saint-Benoit.

L’auxiliaire torymus sinensis

La seule méthode de lutte possible est d’introduire dans les châtaigneraies atteintes, un parasite strictement inféodé au cynips du châtaignier : le torymus sinensis. Cette micro-guêpe pond en avril dans les bourgeons et galles infestés par le cynips, et les jeunes larves de torymus se nourrissent de celles du cynips. Les adultes de torymus ne sortiront des galles que le printemps suivant. Les populations de torymus se développent aux dépens du cynips et se dispersent rapidement. Ce sont des lâchers dits “d’acclimatation” c’est-à-dire que l’auxiliaire s’installe dans le milieu et qu’il n’y a pas besoin d’en relâcher.
Les lâchers ont commencé en 2012 à Sumène dans le Gard et à Fozières dans  l’Hérault. Puis en 2014,  des lâchers ont également eu lieu à Villardonnel dans l’Aude et à Céret et Saint-Laurent de Cerdan dans les Pyrénées-Orientales. En 2015, cinquante-deux lâchers de torymus ont été réalisés sur le territoire de la châtaigne des Cévennes, grâce notamment au soutien financier du Parc national des Cévennes et l’autofinancement des castanéiculteurs et des apiculteurs.

Une lutte biologique coordonnée et encourageante

En Languedoc-Roussillon, la lutte bio est réalisée par la Chambre régionale d’agriculture et la Fredon. La Fredon se charge de l’élevage des torymus et la Chambre régionale d’agriculture organise la lutte sur le terrain afin de favoriser la meilleure répartition possible des auxiliaires sur le territoire, et notamment sur le front d’infestation du cynips. Après avoir repéré les zones contaminées sur le terrain, la Chambre régionale d’agriculture prélève des galles sèches en hiver qu’ils confient à la Fredon pour faire émerger les éventuels torymus et la Fredon examine sur la parcelle la présence de torymus dont sont issues les galles. De nouveaux lâchers peuvent être prévus pour le printemps prochain en fonction de la présence ou non de torymus et du taux d’installation. La diffusion naturelle de torymus est efficace. Dans le Gard, les parcelles nouvellement infestées en 2014 avaient le plus souvent déjà des taux très importants de torymus présents dans les galles. Mais il est indispensable de le vérifier pour s’assurer d’une lutte rapide et efficace.
Le coût de la préparation des torymus par la Fredon pour un lâcher s’élève à 250 € HT et celui des tests de présence de torymus à 100 € HT par échantillon. La Chambre régionale d’agriculture intervient dans la surveillance des nouveaux foyers, l’information, la communication, le pilotage et l’organisation des lâchers.  Cette action est financée par la Région principalement, le Parc national des Cévennes et les Chambres d’agriculture.

Formation et sensibilisation

En complément, la Chambre régionale d’agriculture organise des formations en hiver pour les castanéiculteurs et les apiculteurs, afin que ces derniers soient en capacité d’évaluer leur situation et de réaliser eux-mêmes, si nécessaire, les lâchers de torymus.
En 2015, 4 stages de formation ont été réalisés pour environ 80 producteurs et apiculteurs à Fozières (34), Saint-Etienne-Vallée-Française (48), Lasalle/Sumène (30) et Peyremale (30).
De même, en 2015, la Chambre régionale d’agriculture Languedoc- Roussillon a organisé 13 conférences ou réunions d’information sur la lutte biologique contre le cynips du châtaignier à la demande de différents acteurs du territoire : GDS et syndicats apicoles, Parc national des Cévennes, groupements de producteurs, mairies, associations de producteurs, sites Natura 2000, chartes forestières.

Perspectives pour 2016

De manière générale, les torymus s’implantent bien et l’on observe des zones infestées où il s’est même installé de lui-même. Cela laisse espérer des résultats positifs pour une installation de cet auxiliaire. Pour la campagne de lutte biologique 2016, 100 tests de présence de torymus sinensis et environ 80 lâchers sont prévus sur le territoire du Languedoc-Roussillon.
Cette situation sanitaire nouvelle ne doit pas masquer un contexte commercial favorable pour cette production. Depuis plusieurs années, les entreprises et groupements de producteurs installés au cœur du territoire cévenol constatent une évolution de la consommation de châtaignes ; la tendance s’inscrivant dans une démarche de recherche de qualité où la demande en produits marqués “Cévennes” et bénéficiant d’une certification biologique est en constante augmentation.
Cela passe par l’augmentation de l’approvisionnement local en châtaignes certifiées biologiques, pour garder des parts de marché, répondre à la demande, participer au développement de la filière et valoriser au mieux la production du territoire.

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