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Pyrénées-orientales : A la reconquête des friches

Tout est parti en 2008 de la volonté de la commune de Claira de donner une seconde vie aux friches agricoles. La solution : mettre en place des systèmes de cultures innovants en agriculture biologique.

La mairie a demandé à l’IUT génie biologique agronomie de Perpignan de réaliser un diagnostic territoire sur les occupations des friches. Verdict : un territoire de 2 000 ha occupé à plus de 40 % par des friches.
La déprise agricole a fortement touché le vignoble de la plaine du Roussillon et les friches façonnent le paysage depuis la crise viticole. Le développement des systèmes d’élevage sédentarisés dans les piémonts par l’arrêt de la transhumance s’est accompagné d’une relative perte d’autonomie alimentaire des élevages. La mairie de Claira soucieuse d’endiguer ce phénomène a trouvé un appui, celui d’un groupe d’éleveurs ovins du piémont pyrénéen désireux d’améliorer leur autonomie alimentaire. Leur idée : la mise en culture de friches agricoles visant à produire des méteils (orge, avoine et vesce) et des fourrages destinés à alimenter leurs troupeaux. Pour cela, “nous avons réalisé un gros travail de prise de contact avec les propriétaires privés qui mettent à disposition leurs terres gratuitement pour une période de 1 à 5 ans. Les chasseurs sont également très impliqués. Nous avons commencé par obtenir 30 hectares, nous en sommes aujourd’hui à 70 ha”, précise Elodie Campoy, chargée de mission du développement local sur la commune de Claira. Le projet ainsi mis en place a été baptisé Fricato, les éleveurs ne s’en frichent plus ! (Friches reconverties pour l’implantation collective d’aliments destinés aux troupeaux ovins). “On sème des mélanges de céréales légumineuses, pour gagner en autonomie fourragère. On cultive en bio ces territoires. Nous sommes au total 8 éleveurs mobilisés pour exploiter ces terres en fourrage, en sainfoin et céréales pour alimenter nos brebis. Nous nous sommes même structurés en SARL, La clef des champs fleuris. Cette année on récupère 40 ha sur les communes de Saint-Hippolyte et de Saint-Estève”, explique Olivier Gravas, gérant de la SARL et éleveur de brebis. “Les difficultés résident dans la nature des friches, issues des arrachages viticoles ou maraîchers de plus de 15 ans qui sont dans des zones caillouteuses et l’éclatement des parcelles sur l’ensemble de la commune. La distance également entre le lieu des exploitations des éleveurs de brebis, proche du Canigou et les zones de friches situées à une heure et demie de route. La remise en état des terres sur les rendements est un long travail qui dépend également du climat”, précise Anne Rouquette, conseillère élevage à la Chambre d’agriculture des PO.

Autonomie, autosuffisance et ajustements

La 1re année sur les 30 ha, la mairie a investi 50 000 € dans le projet pour assurer la perte, le temps de la mise en route. Pour Olivier Gravas, “nous sommes arrivés à une période charnière malgré la période difficile de l’élevage en PO et la mise en place de la nouvelle Pac, on fait le pari de grossir, pour avoir de plus en plus d’associés. Pour devenir autosuffisants, on est en train de monter une Cuma. On a investi 150 000 € dans du matériel pour être totalement autonomes.” Un projet qui porte ses fruits, la dernière récolte s’élève à 40 t de fourrage, 40 t de paille et 25 t de céréales. Les éleveurs arrivent à être autosuffisants en paille, à l’inverse du fourrage et sont en excédent en céréales, ces dernières seront valorisées autour des deux moulins à vent de la commune remis en activité. Ils ont vendu des céréales à la fois labellisées bio et en reconversion à d’autres éleveurs. Des ajustements restent à faire dans l’adaptation des exploitations, dans le mélange fermier et dans le stockage et la rationalisation pour de meilleures récoltes. Optimiser au mieux les mélanges et les rotations culturales permet une production biologique et économe. “Notre projet au début, il n’y avait pas grand monde qui y croyait ! Nous avons eu la surprise de la subvention de 3 ans du Casdar de plus de 44 000 €”, se souvient l’éleveur. Ce projet expérimental est innovant dans son fond et sa forme et résulte du collectif.

Un collectif qui n’est pas à court d’idée

“On travaille sur la mise en place d’un conservatoire de grenadier, 16 variétés sur 2 000 m2 et 75 arbres. Depuis deux ans nous avons planté des pistachiers et pacaniers, 90 arbres environ, ainsi que des parcelles de guayule sur 2 000 m2. Il s’agit d’un caoutchouc naturel hypoallergénique, adapté aux conditions de sécheresse, et peut résister à des températures de – 20°C à + 40°C. Cette plante est originaire du désert mexicain”, explique Elodie Campoy. Objectif principal de ces innovations : la biodiversité des territoires de plaine avec un mot d’ordre : maintenir 10 % de la surface totale de la parcelle à la biodiversité. L’ensemble de ce territoire est également riche en petit gibier, la philosophie du collectif est de reconquérir les friches en respectant tous les éléments autour, d’où une grande concertation avec l’ACCA (l’association de chasse communale agréée). La solution a été de faire des bandes fleuries (bandes tampons) au bout des parcelles, favorables à la population et à l’environnement. “Depuis une quinzaine d’années, des initiatives individuelles se développent, mais là, nous avons réussi à se mettre tous autour d’une table”, se réjouit Daniel Mourtel, le président de l’ACCA de Claira. Ce projet agro-écologique est un bon moyen pour concilier les différents enjeux du territoire. Il a d’ailleurs été récompensé récemment, en étant lauréats Languedoc-Roussillon des trophées agro-écologie dans la catégorie : mobilisation collective. Il a été labellisé GIEE. Le but du projet est de remettre en culture 10 ha supplémentaires chaque année sur la commune de Claira. Il s’inscrit dans un objectif de double performance que ce soit au niveau économique (amélioration des systèmes d’élevage départementaux) mais aussi écologique (création d’hétérogénéité paysagère).
Le budget total du projet s’élève à plus de 73 400 €. Les partenaires du projet sont la commune de Claira, l’ACCA, l’IUT, la CA, la SARL, le Cirad, la Coopérative catalane d’élevage, la maison de la chasse et de la nature.

Laurence Durand

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