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Viticulture : Note technique black rot Adaptation des stratégies au contexte de l’arc méditerranéen

Le millésime 2015 a été marqué par une pression black rot exceptionnelle dans notre région. Cette situation s’est traduite par des pertes de récolte significatives dans le Sud de la Drôme et de l’Ardèche, le Gard, une partie de l’Hérault, du Vaucluse et localement dans les Bouches-du-Rhône. Une extension, du Sud vers le Nord, de la zone de vignoble concerné dans les Pyrénées-Orientales.

P13Dès le 1er juin 2015, une note technique d’information a été rédigée pour informer les professionnels des mesures à prendre en urgence pour la campagne en cours. A l’automne dernier, un groupe national a fait le point sur nos connaissances en matière de black rot et définit quelques orientations en matière de stratégie de lutte. L’objectif de cette note régionale black rot est d’affiner ces stratégies à notre contexte local en l’état actuel de nos connaissances et suite à un millésime exceptionnel.

La lutte contre le black rot est basée sur :
• l’identification des parcelles sensibles présentant un fort inoculum et donc un potentiel important de contamination très tôt en saison,
• le constat que les pertes de récolte les plus importantes interviennent entre la nouaison et la véraison. Le pic de sensibilité des grappes se situe à la fermeture de la grappe. Les attaques précoces avant floraison observées en 2015 sont donc plutôt atypiques et exceptionnelles en terme de gravité et d’impact sur la récolte.

Les stratégies de lutte en viticulture conventionnelle et biologique

CAS1

Cas2

CAS 3 : parcelles sans symptôme en 2015

La protection contre les autres maladies (mildiou et oïdium essentiellement) peut se faire indépendamment du black rot. Les observations régulières permettent de vérifier l’absence de symptôme de black rot sur les parcelles. La consultation régulière du bulletin de santé du végétal et des bulletins d’information technique permet de se tenir au courant de la situation locale et de se réorienter sur une lutte mixte en cas de nécessité.

Les moyens de lutte en agriculture conventionnelle

La lutte chimique s’appuie sur 3 familles chimiques :
• les dithiocarbamates : mancozèbe, manèbe et métirame. Ils sont présents dans des spécialités dites de “contact” donc lessivables. Leurs modes d’action sont préventifs, multi-sites, non concernés par les résistances. Ils doivent donc être positionnés avant tout épisode contaminant (pluies, brouillards…) suivant l‘apparition des premirèes feuilles. Ces molécules étaient homologuées dans le passé à des doses supérieures, leur durée de protection n’excédera pas dix jours et ceci hors lessivage. Ils sont présents en association dans bon nombre de spécialités anti-mildiou à des quantités variables. Certaines sont homologuées black rot et le sont uniquement par la présence du produit de contact. Respecter les conditions d’emploi liées à chaque spécialité commerciale (Zone de non traitement (ZNT), législation mélange, Délais avant récolte (DAR), nombre d’applications et délais entre deux applications (cas notamment du Polyram DF à 3 applications maximum espacées à minimum de 14 jours)…).
• les IDM groupe 1 (ex IBS) : ces spécialités homologuées également contre l’oïdium sont pénétrantes et donc à l’abri du lessivage. Préventives sur 14 jours, elles présentent un pouvoir intéressant de rattrapage allant jusqu’à 6-7 jours au printemps (beaucoup moins en été du fait du cycle plus court du champignon). 3 applications maximum par campagne. Respecter les conditions d’emploi liées à chaque spécialité commerciale (ZNT, législation mélange, DAR…).
Il est à noter que les IDM du groupe 2 (à base de spiroxamine) ne sont pas efficaces contre le black rot.
• Les strobilurines (ou QoI) : Ces spécialités sont autorisées en lutte mixte black rot-oïdium, certaines sont aussi autorisées contre le mildiou (usage contre lequel elles sont aujourd’hui déconseillées du fait de la résistance implantée).
Préventives sur 14 jours en black rot, certaines substances actives (azoxystrobine ou pyraclostrobine + contact) présentent un intéressant pouvoir de rattrapage sur black rot dans les quelques jours suivant la contamination. Elles sont également autorisées sur excoriose et présentent l’intérêt d’être non lessivable en début de campagne et en dehors des périodes de traitement mildiou et/ou oïdium. En effet, concernées par des phénomènes de résistance, elles sont déconseillées sur ces deux derniers parasites (sauf association avec une autre famille chimique en anti-oïdium). En fin de campagne, en cas de forte pression black rot et en l’absence de symptômes d’oïdium, des strobilurines solo de type trifloxystrobine ou krésoxim-méthyl peuvent être également appliquées. De préférence 1 application maximum par campagne, 2 si forte nécessité. Respecter les conditions d’emploi liées à chaque spécialité commerciale (ZNT, législation mélange, DAR, date maximale d’utilisation notamment pour le Luna sensation et Xtend…).
Le nombre de solutions étant limité, les IDM du groupe 1 (ex IBS) et strobilurines associant 2 familles chimiques anti-oïdium, autorisées en lutte mixte oïdium/black rot seront positionnées préférentiellement sur la période floraison-fermeture de la grappe.
En dehors de ces périodes, la gestion des autres parasites présents orientera les choix, le déclenchement des interventions étant à caler sur les critères du parasite le plus précoce.

La lutte en agriculture biologique

Actuellement, en agriculture biologique aucune substance active ne bénéficie d’une Autorisation de mise en marché (AMM) contre le black rot de la vigne. Aucune spécialité commerciale n’est autorisée en AB contre cette maladie.
Des expérimentations mises en place par différents organismes (Chambres d’agriculture de Gironde, du Rhône, du Vaucluse, Sedarb, Adabio…) ont mis en évidence une efficacité partielle (pouvant aller jusqu’à 60 %) de l’association soufre mouillable + cuivre appliquée dans de bonnes conditions et avec les doses du tableau ci-contre validé par le groupe d’experts en agriculture biologique. Sur toutes les parcelles habituellement sensibles ou concernées par des pertes dues au black rot en 2015, le traitement devra être réalisé, à l’annonce de toute pluie intervenant après la sortie des premières feuilles. Sur les parcelles très sensibles, la protection devra être maintenue jusqu’à fin véraison. Au moment de la rédaction de cette note, s’agissant des quantités de cuivre utilisable pour la campagne 2016, aucune décision concernant les préparations à base de cuivre n’a été délivrée dans le contexte de leur réexamen. En l’attente, les conditions actuelles d’Autorisation de mise en marché (AMM) mentionnées sur les étiquettes s’appliquent (nombre d’applications, quantité maximale à ne pas dépasser…). Il en est de même pour les restrictions des quantités prévues dans le cadre de la réglementation européenne concernant l’agriculture biologique (30 kg de cuivre métal sur 5 ans). La prophylaxie basée sur l’élimination des organes touchés (enfouissement, brûlage) permet de limiter les contaminations sans toutefois suffire en cas d’inoculum très fort. En agriculture biologique, respecter le plus possible sa mise en place (voir Guide des Vignobles Rhône Méditerranée 2016). Tout comme sur les autres parasites, vérifier la qualité de pulvérisation et faire attention au volume de bouillie employée à l’hectare qui sont des éléments majeurs de la réussite de la lutte contre le black rot.

NB : aucun essai n’a montré l’efficacité du soufre en poudre ni de celles des engrais à base de manganèse ou de zinc.

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