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Technique / prévention : Les meilleurs ennemis de la grêle

A l’occasion d’une rencontre organisée par la Chambre d’agriculture du Gard, la station d’expérimentation du verger Serfel et la société Selerys, des techniques de préservation des récoltes contre la grêle ont été proposées.

2016_3599-12Les agriculteurs et les spécialistes en savent quelque chose : la grêle est une contingence climatique de plus en plus courante. «A chaque orage, il y en a», remarque d’emblée un arboriculteur. De la prévision à l’action sur le processus de formation, des solutions peuvent protéger efficacement les cultures.

L’ensemencement sécurisé

En raison d’une fréquence accrue des phénomènes orageux causés par une instabilité de l’atmosphère, les cultivateurs sont souvent pris au dépourvu une fois que la grêle s’est abattue sur leurs exploitations. Notamment lors des orages de mai et d’été. L’ensemencement consiste ainsi à créer «une concurrence entre des noyaux artificiels et les naturels qui forment les grêlons dans les cumulonimbus, pour qu’ils deviennent de la pluie plutôt que de la glace», explique Philippe Laborde, de la société Lacroix Défense. Remplaçant les fusées explosives et les détonateurs autrefois utilisés, mais dont l’utilisation a été strictement réglementée, le groupe a développé une fusée sécurisée en 2008, sans explosif. Grâce à un système de parachute pour la descente, l’ensemencement avec une torche permettait de diffuser les noyaux pendant la combustion, sur le modèle d’un fumigène. «La méthode a rencontré des difficultés d’ouverture du parachute en cas de météo dégradée», a constaté Philippe Laborde. Sans compter le coût de fabrication trop élevé. Début 2015, la société a opté pour l’ensemencement avec une charge hygroscopique de 800 grammes (qui absorbe l’humidité de l’air), «soit quatre fois celle de la fusée paragrêle nouvelle génération, et 50 % moins cher.» Seulement, un tir de fusée à 650 mè-tres n’étant pas instantané, si l’on se décide à tirer une fois que la grêle a commencé à tomber, «la messe est dite», prévient Philippe Laborde. A 300 € l’engin, il faut savoir anticiper.

Le radar, sentinelle anti-grêle

D’où l’intérêt de disposer d’un radar pour appréhender l’orage. «Sans radar, c’est impossible à gérer !», confirme un agriculteur dans l’assistance. En ce sens, la société Selerys propose des solutions de détection des risques orageux. Avec son système SkyDetect, il est possible de «décrire le niveau de dangerosité de la cellule orageuse à
30 km pour savoir si une intervention est nécessaire»,
expose Fabrice Caquin, ingénieur chez Selerys. L’antenne radar localise et identifie en temps réel ces cellules qu’un logiciel évalue avant d’enclencher l’alerte, si besoin. Prévenus par SMS ou par mail 30 minutes en amont, les exploitants peuvent alors lancer leur système de protection. Si le prix de la machine (60 000 €) n’est pas à la portée de toutes les bourses, les grosses exploitations de six pays ont déjà investi : en Espagne, en Pologne ou en France, où deux radars ont été installés, dans la Vallée du Rhône notamment. «C’est de l’aide à décision poussée, pas un système d’assurance», précise Philippe Cardi, le créateur et responsable technique de la société. Pour les petits agriculteurs, la solution reste la mutualisation. D’où l’idée d’un projet d’une «sentinelle anti-grêle» à la station de la Serfel sur un diamètre de 60 km. «Il faudrait 40 abonnés minimum, pour une adhésion de 800 € par an sur trois ans», imagine Lucile Lallié, responsable commerciale de Selerys. A Vallabrègues dans le Gard, des arboriculteurs ont tenté l’expérience depuis un an : quatre canons et un radar sur 320 ha. Grâce à une cotisation annuelle, l’Association paragrêle a dû débourser plus de 200 000 € pour s’équiper.

Les canons à ondes 

Si les filets paragrêle ou les bâches anti-pluie peuvent être subventionnés par un financement européen, ce n’est pas encore le cas des canons ni des radars automatiques. Créateur du canon à ondes de choc en 1972 et cofondateur de la société espagnole Spag (Société de protection anti-grêle), Fred Ollivier avait perdu trop de récoltes de pommes pour être indemnisé par les assurances. Fabriqués dès 1980 après expérimentation, 800 canons ont été vendus dans 20 pays. Grâce à l’injection de gaz acétylène dans la chambre d’explosion (partie basse), «une onde se propage avant de redescendre en concentration d’ondes», détaille David Ollivier, le fils. «Avec l’augmentation de la pression atmosphérique, le grêlon chute et la grêle se décongèle.» Si cet outil de 6,5 m de haut n’éloigne pas la pluie ni ne change la trajectoire des nuages, il permet néanmoins de réduire le diamètre des grêlons et les ramollir, sur une superficie de 80 ha. A 35 000 € le système, on peut compter 6 heures de fonctionnement sur une saison, avant de se réapprovisionner en bouteilles de gaz. De 120 à 130 décibels l’onde, n’oubliez pas toutefois d’avertir vos voisins un peu tatillons sur le bruit.

Philippe Douteau

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