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Pyrénées-Orientales : Les hectos disparus du Roussillon

Le bilan de Vignobles Sud Roussillon (VSR) n’était pas sincère au moment de la fusion, en 2015, des caves avec celle de Pollestre-Ponteilla. Il manque entre 5 000 et 8 000 hl de vins dans les cuves, des Rivesaltes principalement. Les douanes enquêtent.

2016_3603-12Il y a eu la fusion. Le rapprochement rendu nécessaire par les conditions du marché et l’avenir entre la cave coopérative Vignobles Sud Roussillon (Trouillas, Bages, Saint-Jean-Lasseille) et les deux caves elles-mêmes unies de Pollestre et Ponteilla. Le nouvel ensemble, constitué début 2015, pèse 60 000 hl. Puis au fil des mois, des doutes sur les quantités de vins déclarées présentes dans les caves de VSR, les vérifications et la stupéfaction. Après contrôle des douanes, il pourrait manquer de 5 000 à 8 000 hl de vins, des Rivesaltes principalement, pour un préjudice financier estimé de 1 à 1,5 M€. Pour l’heure, une enquête est menée par les douanes, une plainte a été déposée et l’équipe dirigeante de la nouvelle entité s’interroge sur la suite. Il faudra bien passer la perte dans les comptes de la coopérative à un moment. “Oui nous réfléchissons à la façon dont nous pouvons organiser cela”, témoigne Denis Surjus, président de la coopérative roussillonnaise. “Mais c’est compliqué. Les faits remontent probablement à plus de 5 ans, donc bien avant la fusion. Nos adhérents de Pollestre et Ponteilla ne veulent pas forcément payer pour ceux de Trouillas, Bages, Saint-Jean-Lasseille. C’est une question compliquée, si nous sommes contraints de réduire les acomptes par exemple, nous risquons de perdre des adhérents, soit parce qu’ils vont arrêter faute de rentabilité, soit parce qu’ils iront peut-être aussi chercher une meilleure rémunération ailleurs ou  quitter la coopération pour s’installer en cave particulière”, poursuit le président de la cave.

250 000 € de manque à gagner pour l’État

Une perte d’adhérents qui entamerait ipso facto le potentiel de production de la cave. Le protocole de fusion des deux entités porte une clause très claire sur l’éventualité d’un tel problème. “Il est écrit noir sur blanc que tout ce qui précède la fusion relève des entités d’alors”, relève Denis Surjus. Mais pour l’instant l’heure est encore aux comptes. Le manque à gagner pour l’État est estimé à 250 000 € de taxes non collectées. Les enquêteurs des douanes se sont déplacés dans les différents lieux de production et de stockage, ont procédé à des mesures, saisi des documents comptables. Autant d’informations qu’il va falloir recouper avec attention pour pouvoir chiffrer avec précision l’ampleur du préjudice qui pourrait s’être accumulé au long de dix années. Selon les estimations menées, la fraude aurait donc pu porter sur 500 hl annuels. Mais où donc est passé le vin ? Probablement vendu en dehors de tout contrôle, sous le manteau. “Si l’on produit 20 000 hl par an, qu’on en commercialise 15 000, la disparition de 2 000 hl des stocks ne va pas forcément sauter aux yeux”, précise Denis Surjus. Reste à attendre les conclusions de l’enquête pour savoir à qui a pu profiter le crime. S’il y a eu crime. L’enquête le dira.

Yann Kerveno

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