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Vasse vallée de l’Orb : Le sel attaque !

Les vignes de Sérignan, le long du littoral héraultais, subissent des attaques de sel depuis des années. Un phénomène qui s’amplifie au fil du temps. Les plants meurent intoxiqués puis asphyxiés par un excès de sel. Un premier Copil a eu lieu le 19 mai pour essayer de trouver des solutions à ce phénomène.

2016_3603-11La cave coopérative de Sérignan a été la première à alerter et à sensibiliser l’ensemble de la profession au problème de salinité croissante des sols dans les plaines de Sérignan, Sauvian, Villeneuve-les-Béziers et Portiragnes. Elle s’est saisie du problème en 2012, “cela fait depuis plus de 20 ans que la salinité augmente, on constate des vignes abandonnées et des ceps arrachés. Elle gagne du terrain petit à petit, elle remonte les berges de l’Orb entraînant la disparition de vignes et une perte de rendement”, explique Arnaud Lupia, le président de la cave de Sérignan. La salinisation est progressive, le sel tue les souches et risque de mettre en péril l’économie viticole du territoire et impacter tout le secteur agricole. “Le sel s’infiltre toujours plus loin dans les terres. A l’inverse de la tempête Xynthia qui a eu lieu brutalement, ici c’est un phénomène insidieux”, résume le président de la cave de Sérignan.

Dépérissement des vignes et arrachage de pieds 

Les parcelles les plus touchées se situent en bordure de rivière mais le phénomène s’étend jusqu’à 12 km de la mer, environ 350 ha de vignes sont concernés et 80 ha de céréales impactés. Les remontées de sel et les symptômes de dépérissement apparaissent dans les vignes entraînant des pertes de rendement estimées entre 3 et 8 hl/ha par les vignerons interrogés par les élèves ingénieurs de Sup-Agro Montpellier, soit 3 à 9 % du rendement, plus la mortalité des ceps. Des surfaces ont dû être abandonnées : 15 à 20 ha de vignes et 40 à 50 ha de céréales. Le sel remonte par capillarité des nappes phréatiques trop basses (elles se vident de leur eau douce en été), qui se rechargent en eau de mer.

Expérimentation de la submersion sur la salinité des sols

Elle a été lancée en 2012, pour une période de 5 ans, par l’ancien président de la cave, Jacques Lamouroux, en partenariat avec BRL et une vingtaine d’étudiants de Montpellier SupAgro. Les eaux de l’Orb et de la nappe phréatique sont de plus en plus chargées en sel avec des teneurs jusqu’ à 3 g/l, jusqu’à présent la pratique de submersion permettait de lutter contre l’apparition du sel mais elle devient difficile à mettre en œuvre. “Nous avions l’habitude de submerger les parcelles avec 3 000 m3/ha soit 30 cm de hauteur d’eau pendant l’hiver. Avant cette technique nous permettait de tenir un an, mais maintenant nous voyons des remontées de sel avant la fin des
12 mois. On a du mal à trouver de l’eau douce dans la rivière en hiver et nous n’avons pas de rocher, c’est le sel qui fait la profondeur du sol”,
déplore le président. L’eau salée provoque le dessèchement des feuilles et la perte de rendement. Des souches peuvent redémarrer mais avec des symptômes. Les viticulteurs tentent de sensibiliser les pouvoirs publics, la cave se fait le relais avec le soutien de la commune, du SMVOL (syndicat mixte des vallées de l’Orb et du Libron) et de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Plusieurs enquêtes ont été conduites pour trouver les causes et les remèdes, mais “nous nous sommes rapprochés de la Chambre d’agriculture pour mettre en place un cahier des charges et trouver un financement pour réaliser une étude officielle. Se chiffrant à plus de 50 000 €, la Région, le Département et la Chambre d’agriculture nous ont aidés. L’Orb est salée sur 10 km jusqu’au pont de l’A9, il n’existe aucune protection, c’est la mer qui rentre dans la rivière, ce sont des millions de m3 qui évoluent”, précise Arnaud Lupia.

On a peur de perdre des surfaces en vignes

On ne voit rien mais on perd l’exploitation ! La salinisation des terres agricoles est en partie due à un mauvais entretien des fossés, au dragage régulier de l’Orb, à la diminution des crues du fleuve. On demande un petit barrage anti-sel, afin d’empêcher l’eau salée de rentrer, plus précisément un seuil car l’Orb est la seule rivière qui en soit dépourvue”, souligne Arnaud Lupia. En plus de la perte viticole, le président de la cave évoque les répercussions économiques et sociales non seulement à Sérignan mais à Sauvian et Vendres. D’un point de vue environnemental, cette remontée de plus en plus profonde à l’intérieur des terres provoque la disparition de la ripisylve, et de tous les arbres du bord de rivière. La salinité croissante entraîne une dégradation des paysages viticoles, des berges, qui à la moindre petite inondation s’affaissent car n’étant plus stabilisées par les racines des arbres. A terme, les agriculteurs craignent un impact sur l’activité touristique et notamment l’œnotourisme. La Chambre d’agriculture a collecté 600 échantillons de la part de viticulteurs en plus des 2 500 déjà prélevés par Montpellier SupAgro. Le périmètre d’étude englobe Sérignan, Sauvian, Villeneuve-les-Béziers et Portiragnes. Le premier Copil du 19 mai était l’occasion de faire un état des lieux et d’exprimer le ressenti en présence d’une cinquantaine de partenaires, la Chambre d’agriculture, le Conseil départemental, la Région, SMVOL… C’était un point d’étape qui a permis de donner les grandes lignes au bureau d’études Envilys. Le résultat des analyses de SupAgro est prévu dans 1 mois. Un second Copil aura lieu fin septembre-début octobre et un autre en novembre quand l’étude sera terminée. 

Laurence Durand

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