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Sécheresse : L’Hérault manque d’eau

L’épisode grêleux du 17 août n’aura pas laissé de répit aux vignerons. Victimes de la sécheresse inquiétante, ils ont exposé la situation auprès de la Chambre d’agriculture, de la FDSEA et de la DDTM. Les vendanges 2016 ne s’annoncent décidément guère sous des auspices favorables.

2016_3614-7« Il n’y a pas eu de pluie ici, et nous avons été épargnés par la grêle», mais pas par la sécheresse. Guilhem Vigroux, président de la FDSEA de l’Hérault a déjà eu le temps de prendre la température auprès des vignerons de l’ouest héraultais, les plus touchés par le déficit de précipitation en cette fin d’été. «Le peu d’eau que la vigne avait à pomper, elle l’a repris au détriment des grains.» Plus insidieux et moins «visible» que les dégâts causés par la grêle, la sécheresse laisse pourtant planer une perspective de vendanges peu réjouissante dans le département.

Demander l’exonération des charges sociales

«Notre département n’a pas été épargné», annonce d’emblée le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault et du conseil spécialisé des vins de FanceAgriMer Jérôme Despey, lors d’une réunion de crise le 22 août au caveau de Beauvignac, à Mèze. Après le dramatique épisode de grêle qui s’est abattu sur les vignobles, détruisant plus de 2 000 ha de vignes, l’Hérault, surtout dans la zone ouest de Montpellier jusqu’au Biterrois, subit les conséquences non moins alarmantes d’une «situation pluviométrique très faible.» A seulement quelques jours des vendanges, alors même que certaines ont débuté sur les chardonnay, la préoccupation des vignerons s’est faite entendre lors d’un tour de table et d’une visite de parcelles victimes du manque d’eau. «Les premiers éléments sont catastrophiques», déplore Jérôme Despey. «C’est un millésime très compliqué», concède Guilhem Vigroux, le président de la FDSEA de l’Hérault. Après les déboires du mildiou, de l’oïdium en juillet, de la floraison étalée, des escargots et de la chlorose, 2016, selon ses dires, «a été une année de merde !» Dont acte. Sur la période septembre 2015 – juillet 2016, le bilan pluviométrique est déficitaire de – 10 % (en Montpelliérais, Faugères, Vallée de l’Orb) à – 40 % (en Minervois, Biterrois, basse et moyenne Vallée de l’Hérault…). Il faudra attendre fin septembre et la fin des vendanges pour recenser les dégâts et les vignobles touchés auprès de la Chambre d’agriculture, «même s’il n’y a pas encore de déclaration de récolte», précise Guilhem Vigroux qui souhaite «demander une exonération des charges sociales.» L’impact économique va aussi se faire ressentir sur la trésorerie des Jeunes agriculteurs de l’Hérault. Leur président Samuel Masse entend que soit reconnu cet épisode de sécheresse en calamité agricole. «Nous craignons de ne pas remplir les rendements normaux permettant de bénéficier des aides à l’installation, car il faut atteindre le SMIC au bout de la quatrième année d’exercice.»

350 ha en sécheresse absolue

Avec seulement «200 mm d’eau depuis le 1er octobre», alors qu’il en faudrait le double, l’ouest Biterrois subit de plein fouet ce décrochage de la vigne comme en atteste Nathalie Boisjot, directrice des Vignobles du pays d’Ensérune. «De fortes poussent végétatives ont été observées au printemps mais comme la vigne nourrit la végétation, les raisins ne grossissent pas. A l’instar du cabernet.» Par manque de crédit pour l’extension des réseaux d’irrigation, Nathalie Boisjot dresse un premier bilan plus qu’inquiétant : sur 3 100 ha, seuls 1 300 ha sont irrigués, soit à peine 41 %. 350 ha seraient déclarés en sécheresse absolue. «On ne pourra pas les vendanger car ça ne tombera mê­me pas.» Ainsi, sur les parcelles irriguées, il faudra s’attendre à 80 hl/ha contre 45 hl/ha sur celles non irriguées…
Face à cette perspective, difficile d’envisager des récoltes satisfaisantes. «C’est compliqué d’expliquer aux clients d’attendre l’année suivante», estime Didier Gomez. «Cela fait deux ans que l’on se bat pour avoir de l’eau alors que BRL (canal du Bas-Rhône Languedoc) nous explique qu’il n’y a pas suffisamment de ressources.» Et de songer à demander au Conseil départemental d’obtenir «500 l/seconde, soit 3 500 ha de vignes.» Résultat, la baisse de production est estimée à – 30 %, alors que la vigne continue de souffrir.

Feuilles jaunes et petits grains verts

Les parcelles de Didier Gomez et de Jean-Baptiste de Clock (domaine de Font Mars) à Mèze font triste mine. Témoin de cet état de stress hydrique, Jérôme Despey note «un degré d’écart entre les vignes irriguées et celles qui ne le sont pas.» Face aux feuilles ratatinées, jaunies et aux baies qui n’ont pas le poids qu’elles devraient peser à ce stade, «c’est de l’acidité à l’état pur», reconnaît-il. «En général, le bas des parcelles est un peu épargné, mais là, même à proximité d’un ruisseau rien n’y a fait», déplore un vigneron du domaine de Jean-Baptiste de Clock. Une fois sur sa parcelle, et malgré ses «28 ans d’expérience en cabernet sauvignon», ce dernier n’a pu qu’assister à la mort de quelques pieds. «Le premier a fait 8 feuilles et c’en était fini.» Avec des récoltes attendues dans moins d’un mois, il compte sur l’équinoxe et une éventuelle reprise des précipitations. In extremis. A raison de 55 hl/ha les bonnes années, JB de Clock s’estimera heureux d’arriver à 30 hl/ha. Une bien maigre consolation. Venue en observation, une vigneronne de la coopérative de Montagnac évoque les mauvaises surprises réservées par ses chardonnay et sauvignon le matin mê­me. «La pellicule expulse les baies car la peau n’est pas élastique. Je n’avais jamais vu ça ! Il n’y a plus de place dans la grappe.»

L’agriculture, un bien assurable

En attendant les prévisions à la toute fin du mois d’août, les professionnels de la vigne vont devoir s’armer de patience. «L’équilibre est compliqué dans ce département», annonce Matthieu Grégory, directeur de la DDTM 34. «L’Hérault connaît le plus d’aléas et de variabilité des récoltes, et l’eau va continuer à manquer.» Des solutions à court terme sont pourtant à l’ordre du jour. «On ne peut pas continuer à laisser un quart de la population agricole sans assurance. Les frais d’entreprise doivent prendre en compte la gestion des risques.» La piste de stocks pouvant être réintégrés l’année suivante en cas de petite récolte serait l’occasion de mettre quelques hl de côté les années de bonnes vendanges. Une sorte de deuxième assurance. Un point de vue partagé par Jérôme Despey, incitant les vignerons et plus largement les agriculteurs à s’assurer. «L’agriculture est un bien assurable !», martèle-t-il. «C’est suicidaire aujourd’hui de ne pas s’assurer au moins pour les coups durs. Ce n’est pas parfait mais ça peut couvrir les charges fixes.» D’ici là, un signalement individuel sera privilégié d’après la DDTM, «au cas par cas.» 

Philippe Douteau

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