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Cépages résistants : Jacques Gravegeal saisit le ministre de l’Agriculture

Dans une lettre ouverte au ministre de l’Agriculture, Jacques Gravegeal, président de l’IGP Pays d’Oc s’en prend à la décision du Comité permanent technique de la sélection (CTPS).

2016_3620-5Le 29 septembre, le CTPS, dans le cadre de la procédure accélérée de classement de 25 cépages résistants nouvelle génération déposée en avril dernier par Pays d’Oc et la Fédération des Grands vins de Bordeaux, seuls quatre cépages ont obtenu leur inscription. L’IGP Pays d’Oc avait déposé une demande concernant dix cépages résistants. Aucun n’a été retenu par le CTPS.

Vous avez saisi le ministre de l’Agriculture, pour quelles raisons ?
Jacques Gravegeal : C’est le ministre qui in fine emportera la décision. Le CTPS donnant un avis consultatif et l’avis de FranceAgriMer sera voté le 19 octobre. Le ministre s’était engagé à prendre ses responsabilités. Alors à qui écrire sinon à lui ? Les propos de ma lettre sont pesés et même millimétrés. Nous sommes dans la continuité républicaine d’employer moins d’intrants comme cela a été voulu dans le Grenelle de l’environnement ou encore la loi d’avenir. Nous attendons du ministre qu’il soutienne notre démarche. Surtout que la France se trouve dans une concurrence mondiale. Et, sur le plan européen, l’Espagne, l’Italie et d’autres pays prennent des parts de marché. C’est insupportable. Nous apportons une réponse et nous ne sommes pas entendus. C’est l’incompréhension totale. J’ai voulu par cette intervention mettre en avant cette “résistance” face aux cépages résistants. Je m’attendais à ce type de résultats. Je m’en étais inquiété le 20 septembre auprès du ministre de l’Agriculture. Et il m’avait répondu : “j’engagerai ma responsabilité”.
Si l’on ne bouge pas, ce sera mauvais à la fois pour Pays d’Oc et Bordeaux. Le fonds de commerce de Pays d’Oc, c’est le cépage. Aujourd’hui les cépages résistants ne sont pas des cépages connus par les consommateurs. Nous voulons des merlots, des chardonnays, des cabernets, des syrahs résistants. Si on ne donne pas de coup de gueule, il n’y aura pas de recherche. Aujourd’hui 1,5 Mhl de merlot Pays d’Oc sont achetés et 900 000 hl de cabernet. On n’aura aucun problème pour vendre ces cépages résistants. D’ailleurs, les Allemands et les Italiens ont effectué ces résistances et ce sont celles-ci que l’on demande.
Les seuls capables de répondre aujourd’hui ce sont les Allemands et les Italiens en cabernet et merlot. Il est hors de question qu’on ne nous réponde pas sur ces cépages résistants. On veut les tester pour définir leur aptitude. Il est d’ores et déjà sûr que certains seront écartés car ils ne correspondront pas aux conditions climatiques selon où l’on se trouve sur le territoire de l’IGP Pays d’Oc (des Pyrénées au Rhône). Par exemple, un chardonnay à Perpignan et un chardonnay à Beaucaire n’auront pas les mêmes qualités. C’est ce que l’on veut voir en testant ces cépages résistants.

Il faudra combien d’années pour les tester ?
J.G. : Trois à quatre ans. Et chaque année perdue est un handicap face à la concurrence. On veut les tester, je le redis. Nos concurrents en Italie et en Allemagne et même dans le reste de l’Europe comme la Tchéquie sont autorisés à les mettre en place. C’est un argument de plus pour le consommateur. Ils nécessitent peu de traitements et l’on se trouve dans une concurrence déloyale.

Pourquoi êtes-vous en colère ?
J.G. : Je suis courroucé car même les Français parlent de cépages internationaux alors qu’il s’agit de cépages français. La concurrence avec le Chili, l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Australie se fait avec des cépages français et non pas comme certains le disent, des cépages internationaux. Ils seront bientôt résistants et seront implantés dans d’autres pays. S’ils sont implantés avant nos cépages résistants alors ce sera une entrave économique.
Enfin, je souhaite rappeler que demain la Chine va devenir le premier producteur viticole du monde, le premier vignoble en surface. Les Chinois ont demandé trois millions de plants résistants. C’est pour les planter et faire une pépinière de multiplication. Les Chinois sont donc en train de préparer l’essor économique de leur viticulture. On a davantage de souci à se faire qu’avec l’Australie, le Chili, etc. Les coûts sont très bas. Ils produiront du vin de cépage résistant à des coûts diminués. C’est donc une erreur colossale que la France mettrait en plus sur le dos des générations futures.

Il y aura le vote de FranceAgriMer le 19 octobre, qu’en attendez-vous ?
J.G. : Quand je lis une lettre de FranceAgriMer datée du 26 septembre 2016, accusant réception en date du 5 septembre, pour les dix variétés résistantes que nous avons demandé alors que notre demande officielle date du 11 avril, je ne comprends pas.  Pourquoi je reçois cette lettre maintenant ? On aurait pu me répondre avant ! Tout cela m’interpelle. J’avais déjà des dou-tes. Lors de la première réunion avec FranceAgriMer, les appellations d’origine contrôlées avaient demandé une attention toute particulière en ce qui concerne les noms de cépages. Mais qui a imposé que les cépages résistants aient un double nom ? On a demandé un deuxième nom pour éviter la confusion auprès du consommateur. Si tous les cépages résistants avaient été désignés avec un R à leur nom, c’était suffisant et cela marche dans toutes les langues. La crainte que j’ai, c’est que le consommateur saura qu’il est résistant alors qu’en ce moment on cherche des vinifera.
Il faut aussi prendre en compte la qualité commercialisable et non commercialisable. Le consommateur va aller chercher une marque, le cépage en est une. En cela merlot et cabernet ont de beaux jours devant eux. Ce sont des références pour le consommateur. Aussi s’ils sont étiquetés avec une lettre R, il n’y a pas de tromperie à leur égard.
Je regarde qui compose le CTPS et je m’interroge. Si le ministre écoute la profession, nous sommes libres de nos mouvements le 19 octobre. Je préfère qu’il nous réponde avant pour ne pas arriver à FranceAgriMer et avoir le côté négatif du vote.
Ce résultat, je m’y attendais. Au début, je pensais que la profession s’enthousiasmerait mais une nouvelle fois je suis atterré de voir que des Français ne défendent pas leurs droits.

Est-ce que le ministre répondra ?
J.G. : Nous l’espérons. Certains considèrent que si l’IGP Pays d’Oc devient leader des cépages résistants, c’est inquiétant. Mais l’IGP Pays d’Oc, c’est bon pour l’économie française. La réussite de l’IGP Pays d’Oc n’est plus à faire, nous représentons 150 000 ha sur les 240 000 ha que compte la région et 6,5 millions d’hectolitres sur les 12 Mhl de la région et nous comptons 20 000 vignerons. Je pose la question : qui ne fait pas de Pays d’Oc aujourd’hui ?
C’est une marque qui a une vraie valeur avec un signe de qualité et cela gêne du monde.
Nous sommes les aménageurs de territoire, nous sommes un bon produit franco-français, nous som-mes premier exportateur en France. Cela peut en énerver certains, mais ce n’est pas notre débat.
Les vins de Pays d’Oc ont le droit d’être soutenus, nous avons restructuré la filière. Sans les Pays d’Oc il n’y aurait pas de vins de cépages dans la région, il resterait quelques appellations. Si je n’ai pas de réponse du ministre, je ferais avec. L’enjeu est énorme j’aurais pu écrire au ministre des Finances mais mon ministère de tutelle, c’est le ministère de l’Agriculture. J’aurais pu écrire au ministère du Commerce extérieur, je ne me l’interdis pas. Ce débat va être extrêmement politique. Quand la société parle il faut l’écouter. La recherche porte ses fruits, elle sera évolutive, d’autres cépages seront meilleurs mais il faut avancer, il ne faut pas arrêter de planter. Il y a aujourd’hui des cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, mais demain il y aura des cépages résistants à la sécheresse, pour une meilleure acclimatation de la vigne… Ils nous apportent des réponses sur les courts noués. Aujourd’hui on veut des vins avec moins d’alcool. La recherche nous apporte des réponses qui nous aident à entraîner une diminution du coût de production.
L’avis du CTPS n’est pas obligatoire,  il ne doit pas trancher mais donner un avis. C’est le travail du ministre. On peut se poser la question du lobbying aussi. Le CTPS rend un avis consultatif, de là à ce que ce soit ce projet d’arrêté pris par le ministre, je ne veux pas franchir ce pas. n

Propos recueillis par Anne-Solveig Aschehoug

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