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Aude : Les vignerons refusent les panneaux solaires

Un projet d’implantation d’un parc photovoltaïque à Bagnoles suscite la grogne des vignerons de la future appellation Minervois Laure. Ils estiment que l’installation gâcherait le paysage et les priverait de terres potentiellement intéressantes.

2016_3623-7L’enquête publique terminée début octobre, le projet vivra donc maintenant dans l’attente de la décision des enquêteurs. Elle devrait être rendue publique en avril prochain. En attendant, l’éventualité qu’un parc photovoltaïque voit le jour sur la commune de Bagnoles, dans l’Aude, aura fait bondir bien des vignerons de l’appellation Minervois. Jean-Louis Poudou en tête. Ce projet portant sur plus de cinq hectares de panneaux solaires est mené par l’agglomération de Carcassonne. La résistance est, elle, organisée par les vignerons qui craignent pour leur projet de hiérarchisation. “Ce projet est mal placé”, annonce tout de go Jean-Louis Poudou. “J’entends bien les arguments sur les énergies renouvelables, mais c’est vraiment très mal placé.” Et le vigneron de dresser la liste de ses arguments, ceux qu’il assène depuis des semaines et qu’il a portés devant la commission d’enquête. “Nous avons une appellation reconnue, que nous souhaitons continuer de développer en montant en gamme. Pour cela, nous avons entrepris une démarche de hiérarchisation qui pourrait déboucher sur la création d’un cru Minervois Laure d’ici à 24 mois.” La nouvelle appellation s’étendrait sur neuf communes et concerne 35 producteurs. Son collègue Jean Panis abonde : “Nous avons la volonté de devenir un grand vignoble, et quand vous regardez les grands vignobles, à Bordeaux, en Bourgogne ou ailleurs, vous voyez peu d’installations de ce type qui viennent gâcher le paysage. Parce que le paysage fait partie de l’appellation !” L’Institut national des appellations d’origine (Inao) a d’ailleurs émis un avis défavorable sur ce projet d’implantation, selon le vigneron.

Perdre un morceau de terres

“Bon sang, l’Inao c’est un organisme d’État, la direction des territoires doit suivre ses avis non ?”, espère Jean-Louis Poudou. Il peste aussi contre le choix du terrain. “Aujourd’hui ce sont des terres qui ne sont pas plantées, mais elles pourront l’être dans le futur. Ce sont des terres dont on dit qu’elles n’ont pas de potentiel agronomique, mais la vigne n’a pas besoin de “potentiel agronomique !” Ce sont des terres qui au contraire ont un grand potentiel pour y produire des vins haut de gamme. D’ailleurs, dans la pinède on trouve des restants de plants américains, c’est bien qu’il y a eu de la vigne avant ici ! Construisons ce projet et nous allons perdre un bon morceau de terres qui peut porter de la grande viticulture”, continue-t-il. Il ne comprend d’ailleurs pas qu’on ait même pu avoir l’idée de venir planter ça là. “Il existe de nombreuses friches industrielles dans l’agglomération qui pourraient recevoir ce type de projet sans que cela nuise au paysage. Le site serait visible depuis la cité de Carcassonne ? Est-ce que c’est cohérent avec la volonté de faire classer la citadelle en tant que grand site ? Dans les friches, ce type de projet améliore l’aspect visuel du paysage, chez nous, il le détruirait.” Plus globalement, le vigneron ne conteste pas l’idée de produire des énergies renouvelables.

Charte paysagère

“Nous sommes contre les éoliennes c’est vrai, parce qu’en plus de gâcher le paysage, elles ne produisent rien. Le photovoltaïque c’est différent, c’est 1 000 fois plus efficace pour produire de l’électricité, mais il faut poser la question du développement économique du territoire, savoir ce que nous voulons !” Pour tenter de protéger leur territoire, ils vont plancher sur la rédaction d’une charte paysagère. “C’est un document qui portera sur l’ensemble du Minervois et que nous allons nous efforcer de faire signer par les collectivités locales”, annonce encore Jean-Louis Poudou, en faisant référence au Luberon. “Aujourd’hui, c’est un vignoble de grande qualité, il y a un respect total du paysage et ça marche. Nos paysages ont eu la chance d’échapper à l’industrialisation des Trente Glorieuses, il serait dommage de les sacrifier maintenant alors que nous pouvons les valoriser avec la vigne !”
“C’est une fois de plus une vision à court terme”, regrette Jean Panis, “ce projet est juste fait pour gagner de l’argent, les propriétaires n’ont rien à voir avec l’agriculture, avec la profession…” Ni avec la vigne et les espoirs de montée en gamme des vignerons de la future appellation.

Yann Kerveno

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