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Interview : “Des idées préconçues existent sur la question assurantielle”

Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault revient sur l’organisation des réunions des groupes d’action territoriale (GAT) et sur les thèmes évoqués cette année : ris­ques climatiques et systèmes assurantiels.

2016-3626-pdm-4En ce moment, vous menez des réunions GAT en quoi cela consiste ?
Il est important d’aller à la rencontre des agriculteurs sur l’ensemble du territoire. Ces réunions portent sur la récolte dans chacune des filières. Cette année est marquée par les aléas climatiques : gel, grêle, sécheresse, excès d’eau, inondation… Le département de l’ Hérault est voué à une fréquence importante de ces aléas climatiques. C’est le sujet que nous avons choisi de porter. Il s’agit de réfléchir aux implantations culturales pour une maîtrise des risques par rapport à ces aléas climatiques, de trouver des préconisations pour limiter les dégâts. On évoque évidemment la question assurantielle. On a d’ail­leurs une difficulté d’appréhension sur la gestion des risques. Une méconnaissance et des idées préconçues existent sur le système assurantiel. Rappelons que pour rentrer dans le dispositif, il faut avoir au minimum 30 % de pertes et tenir compte des difficultés à calculer la moyenne olympique (cinq années de production), c’est une référence qui permet de pouvoir recenser la perte par rapport à l’année n. Les agriculteurs pensent que les aléas climatiques tombent chez le voisin. Le département de l’Hérault étant caractérisé par un morcellement des parcelles, chacun estime qu’il y a peu de chance que cela tombe chez lui. Il y a aussi l’appréhension du coût de l‘assurance. A ce sujet, il y a beaucoup de non-dit. Ils ne peuvent pas disposer d’aide pour la perte de récolte, ils peuvent juste bénéficier d’aides pour les pertes de fonds. Ces débats permettent de prendre connaissance des risques encourus à ne pas s’assurer. Dans l’Hérault, seulement 14 % de la surface viticole est assurée. En Languedoc-Roussillon, c’est 24 %. C’est très faible et cela nous interpelle. Il faut donc qu’il y ait une meilleure con­naissance du dispositif et il est nécessaire d’interpeller les assurances et les pouvoirs publics sur ce thème. Enfin sur le fait d’entrer dans le dispositif en dessous de 30 % de pertes, c’est un travail que l’on doit mener au niveau communautaire.

Comment arrive-t-on à être plus incitatif sur l’assurance ?
Plus on sera à souscrire, plus on au­ra de mutualisation et le coût sera plus abordable.
Quant à le rendre obligatoire, on le rendra plus incitatif avec l’octroi des aides Pac et de l’OCM vitivinicole. C’est le débat que l’on va porter. C’est complémentaire au fait qu’il faut assurer la perte de récolte. Enfin échanger, c’est la troisième fonction de ces réunions. Nous avons commencé par l’élevage, l’Est du département et Villeneuve-lès-Béziers. Au-delà de ce sujet, on évoque la préoccupation environnementale. La Chambre d’agriculture est présente dans les réseaux comme les fermes Dephy, l’agriculture raisonnée, l’agriculture bio, le conseil de performance, le contrôle des pulvérisateurs… On développe ainsi, avec le Conseil départemental, la confusion sexuelle. Aujourd’hui ce sont plus de 5 000 ha de vignes qui sont protégées contre le vers de la grappe. On utilise moins d’insecticides. L’agriculture n’est pas la bête noire de l’environnement. Et nous voulons le faire savoir. Suivant les GAT, on demande aussi aux élus locaux les thèmes qu’ils souhaitent aborder, on revient donc sur des sujets d’actualité. La loi littoral à Mauguio, la salinité qui a un impact important à Villeneuve-lès-Béziers….

Quel bilan de campagne faites-vous ?
La situation des grandes cultures a été très disparate selon les secteurs, on aura donc des baisses de production de blé dur sur le secteur du Biterrois et du Piscénois de 30 à 50 %, des baisses de rendement liées à la sécheresse, l’impact fort de la chaleur et du manque d’eau. Ce déficit hydrique a fortement impacté les grandes cultures. La viticulture a elle aussi été touchée, les chiffres confirment qu’on aura deux Mhl de récolte de moins, essentiellement marquée dans le Piscénois, la région de Servian. A ce sujet, on a lancé une enquête depuis début novembre pour mesurer l’impact de la sécheresse sur les différentes productions. Nous ferons remonter ces éléments à la DDTM afin de pouvoir mobiliser des fonds dans le cadre d’une reconnaissance de calamités agricoles. Quant à l’élevage, c’est le fourrage qui a vu sa production diminuer. L’arboriculture et le maraîchage ont été un peu plus épargnés. Tout cela sans oublier les épisodes de grêle qui ont touché la viticulture et l’arboriculture. Cette situation va indéniablement poser la question de l’irrigation et de la gestion de l’eau et ce, au-delà de l’extension d’Aqua Domitia. Il faut qu’on ait une réflexion sur la mise en place de retenues collinaires ou encore l’utilisation de l’eau du lac du Salagou. La question qui se pose c’est que va devenir notre territoire s’il n’y a pas d’intervention pour limiter le stress hydrique ? L’eau est au cœur du débat. Il faut trouver des solutions pour l’avenir. Des con­tacts ont été pris avec la Métropole à ce sujet sur l’extension du réseau au Pic Saint-Loup, Castries, Saint-Drezery… d’autres secteurs sont concernés dans un travail que l’on mène avec le Conseil départemental. On a demandé à faire une étude sur les solutions qui pourraient être mises en place. n

Propos recueillis par Anne-Solveig Aschehoug

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