Bonjour

Université de la vigne au vin : Projeter le visiteur dans la scène vigneronne

Le paysage est un objet de contestation. Entre nature et travail de l’homme, Jacques Maby propose de réhabiliter le regard vigneron.

2016_3627-9Lors de l’université de la vigne au vin, qui s’est tenue à Ferrals-les-Corbières, début novembre, le géographe Jacques Maby est intervenu. Autour du thème proposé cette année pour l’université, il a donné un cours subtil sur le paysage, composante essentielle de l’histoire que les vignerons peuvent raconter à leurs clients, ainsi que le soulignera dans l’après-midi André Deyrieux. Pour Jacques Maby, le paysage est une part en soi du travail du vigneron. II considère toutefois qu’en premier lieu il faut sortir de la vision manichéenne. Comme si le paysage était un subtil équilibre entre les forces de la nature et les forces socio-économiques, et qu’il y avait incompatibilité entre les deux. “Cette posture de conflit est liée à l’écologisme, qui est une croyance et pose la nature comme le bien et l’agriculteur comme le mal. Je veux que l’on sorte de ce conflit, de ces oppositions et que l’on se pose de vraies questions. II faut bien avoir à l’esprit que la nature n’est pas un paradis perdu, ce n’est même pas un idéal à retrouver. Le paysan n’est pas l’accusé, celui qu’on somme de reculer”, détaille-t-il. “Le paysage est un réel à construire chaque jour, et plus que cela, c’est un projet”, plaidait-il ensuite. “Le paysage n’existe finalement que parce que l’homme en est l’auteur”, résumait-il ensuite avant de parler du regard vigneron, qui “crée un territoire”. Mais surtout, il insiste pour que les vignerons incluent le paysage dans leur démarche.

Parler du paysage à la cave
Il propose aux vignerons de compléter l’expérience de leurs clients en les conduisant dans les vignes. “Face à un paysage, tous les sens sont mobilisés, on peut regarder, certes, mais il faut aussi faire toucher, écouter et sentir les éléments du paysage. Le seul sens qui manque, c’est le goût. Mais le goût existe dans le souvenir, alors il faut parler du goût, il faut parler du vin quand on est au milieu des vignes”, préconise-t-il. Tout comme il recommande l’inverse : “Quand on est à la cave, il faut parler du paysage.” Et pour conclure, Jacques Maby invitait les vignerons présents à se pencher sur leurs paysages, les comprendre, à chercher quels étaient les éléments saillants. “Il y a une nécessité d’auto-analyse paysagère.” Pour pouvoir ensuite répondre aux consommateurs sur l’exploitation. “Vos clients veulent-ils voir le paysage à travers un tableau ? Bien sûr que non. Ils veulent voir le paysage tel que le vigneron le voit. Il faut les projeter dans la scène vigneronne.” 

Yann Kerveno

Retrouvez la totalité de la conférence de Jacques Maby sur Internet : https://youtu.be/ep8_kPWCfMs?list=PLReXnFWIVNjSJZjFQfAMIuyj_N-qC-F3

N'hésitez pas à partager cet article : Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn