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Viticulture : Réchauffement : que faire, s’adapter ou partir ?

Face au réchauffement climatique, les viticulteurs du Sud de la France pourront-ils s’adapter ou devront-ils s’exiler ? C’est en ces termes radicaux que le problème est posé par une étude prospective, présentée à l’Assemblée nationale et à FranceAgriMer le 16 novembre. L’étude sera discutée bassin (viticole) par bassin pendant six mois.

2016_3627-3L’étude prospective “changement climatique et vigne” réalisée par une centaine de chercheurs coordonnés par l’Inra, a été exposée au conseil viticole de FranceAgriMer du 16 novembre. Elle a dégagé quatre scénarios d’attitude des viticulteurs français face au réchauffement. Ceux du Sud sont particulièrement concernés.
En effet, si la Grande-Bretagne de-vient l’eldorado des vins mousseux à la place du champagne, comme en rêvent certains opérateurs, il est à craindre que la Champagne se mette à faire des vins tranquilles comme le font pour l’instant le Languedoc-Roussillon et la Provence. Et dans ce cas de figure, la filière “vin” d’Espagne pourrait tout simplement disparaître, a résumé Anne Haller, déléguée de la filière viticole à FranceAgriMer. Bien sûr, la vigne pousse en régions tropicales, mais cela ne donnerait pas des vins excellents, car jusque-là, les vins sont en adéquation complexe avec leur terroir.
Voici les quatre scénarios, par ordre croissant de choix face à ce réchauffement.
 Scénario du statu quo : les vignobles restent dans les mêmes zones et l’innovation poursuit son bonhomme de chemin, comme actuellement mais sans plus.
• Scénario de l’adaptation dynamique : coup d’accélérateur de l’innovation pour rester dans les mêmes aires. Les pratiques agronomiques et œnologiques sont bouleversées en profondeur.
• Scénario nomade : on plante de la vigne partout en France, surtout au nord.
• Scénario libéral : la viticulture et la vinification sont complètement déconnectées, on produit ici du
raisin, on le fractionne en acides, sucres, tanins, arômes, et on recombine ces éléments ailleurs avec des levures venues de partout…

De vastes champs pour l’innovation
Dans le deuxième scénario, la viticulture garde ses repères actuels même si elle accélère l’innovation. Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inra, et chef d’orchestre du programme de recherche Laccave (Adaptation à long terme au changement climatique pour la viticulture et l’œnologie), a indiqué lors d’une audition à la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 16 novembre qu’il y a beaucoup à faire dans un scénario d’adaptation : introduire de nouveaux cépages, irriguer un peu, mais tout en se souvenant que la vigne est une plante “particulièrement adaptée à la sécheresse” et qui a même “besoin de stress hydrique”. La technologie du goutte-à-goutte progresse, comme le rappelle Jacques Gravegeal, président de l’IGP Pays d’Oc, tandis que le recyclage des eaux urbaines usées, qui donne déjà des résultats aux États-Unis, Australie et Israël, est à l’étude au centre Inra de Pech Rouge près de Narbonne. Mais “gérer l’eau n’est qu’une option”, selon Jean-Marc Touzard : il y a beaucoup à faire en hauteur de feuillage pour piloter l’activité de la photosynthèse, en hauteur de taille de la vigne. Et surtout, “on va mettre le paquet à l’Inra sur le travail du sol”, où les leviers d’adaptation sont importants.
En termes d’organisation de la viticulture, le réchauffement perturbera les cahiers des charges des appellations, car il faudra y intégrer tous ces éléments, et notamment l’irrigation, qui est interdite dans de nombreuses AOC. Le réchauffement ris-que aussi de bouleverser radicalement le foncier viticole. Sans parler des délocalisations vers le Nord, autrement, tout en demeurant dans le scénario de “l’innovation pour rester”, il faudra prévoir des déplacements de la vigne à l’intérieur des aires des bassins viticoles. Par exemple remonter les vignes en altitude. En tout cas, une doctrine se dessine à FranceAgriMer : il faut donner la préférence aux cultures indispensables à l’alimentation dans les terres arables des plaines, et réserver une place à la vigne plus sur les hauteurs. “L’échelon du bassin viticole est le plus pertinent et non Paris pour décider de toutes ces adaptations”, selon le coordonnateur du programme Laccave. 

B.C.

Des projets d’adaptation “déjantés”
Les scénarios 3 et 4 ouvrent la voie à des projets “déjantés”, que Françoise Brugière, chef de la mission “prospective” à FranceAgriMer, a évoqués le 17 novembre lors d’un point presse : des “vignes à roulette” placées dans des grands bacs mobiles pouvant être déplacés des Côtes du Rhône à la Champagne ou de la Champagne aux vallons anglais. De l’eau de raisin d’Espagne ou du Sud de la France pour “rallonger” des moûts trop chargés en alcool. Des tanins de merlots extraits en Val de Loire pour faire du bordeaux à Lille. Bref, de la “vino-fiction”.
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