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Céréales : Des sillons du disque à ceux des champs

Grégoire de la Roussière est agriculteur multiplicateur de semences de légumes dans l’Aude, depuis 2011. Un changement radical pour cet ancien ingénieur du son parisien qui a ainsi découvert de nouvelles mélodies.

p18Il a travaillé dans l’industrie musicale pendant huit ans avant de franchir le cap. “J’étais un bobo parisien avec plein de clichés sur l’agriculture, puis j’ai progressivement ouvert les yeux et je me suis installé dans la plaine du Lauragais”, explique Grégoire de la Roussière.
Sa reconversion est le fruit d’un hasard et d’une rencontre… avec sa future femme. “Mon meilleur ami, ingénieur agronome m’avait invité à une soirée et il m’a présenté à une collègue, qui allait devenir ma femme. C’est elle, fille d’agriculteurs, qui m’a fait découvrir le métier.”
Né à Paris, mais vécu à Versailles, Grégoire est de formation littéraire. Il a, comme il le souligne, “souffert” en sciences, mais il s’est réconcilié avec les chiffres quand il a eu un poste dans la gestion acoustique. Après trois ans d’apprentissage sur le tas, il a suivi une formation accélérée, un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA). Il s’est ensuite installé en 2011 à Villasavary, près de Castelnaudary, au Domaine des Mercières où il cultive aujourd’hui 70 ha de maïs, de blé dur, de tournesol, d’orge et des semences potagères (betterave, oignon, céleri, chou, carotte). La plaine du Lauragais où se situe l’exploitation est entourée de massifs. “J’y retrouve l’harmonie que j’aime dans la musique.” Il s’est désormais habitué au changement de rythmes, les saisons remplacent désormais les notes.

Un changement de cap réfléchi
“J’y suis allé par étape. A mesure que le contexte économique s’obscurcissait, je cherchais une autre voie. Cette coïncidence m’a fait découvrir un métier qui me plaisait, très concret, et qui m’a permis d’avoir les pieds sur terre. J’avais pas mal d’idées préconçues sur l’agriculture en tant que bon citadin ! J’avais une vision bien éloignée du terrain mais quand on habite en ville, on est déconnecté.” Serein, Grégoire affirme qu’il n’a jamais eu d’angoisse. “Nous nous étions dit, ma femme et moi, que nous descendrions dans le Lauragais pour nos 40 ans, nous sommes juste arrivés beaucoup plus tôt.”
Sans formation agricole à la base, il a dû passer un BPREA, et a pu ainsi bénéficier de l’aide aux jeunes agriculteurs. Le reste des connaissances, il les doit à sa belle-famille. “Je fais de la grande culture et des semences. Les deux sont complémentaires pour des raisons économiques. Dans cette région, nous avons la chance d’avoir un réseau d’irrigation important et c’est formidable. Je réalise des rotations de semences potagères, la culture est contractualisée. En période de semis, on arrive à anticiper sur l’année suivante. J’ai fait le choix de semer plus tard (deux semaines de plus que la moyenne), à l’arrière saison quand il y a encore beaucoup de douceur. La moisson se déroule entre fin juin et mi-juillet.”

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Production satisfaisante, photovoltaïque et engagements
Grégoire de la Roussière est formel, il a tiré un trait sur l’univers du son. “Ce métier n’est pas un loisir pour moi, je n’ai pas fait ce choix pour me mettre au vert !” La récolte le lui rend bien. Malgré la sécheresse, sa production atteint les 63 quintaux de moyenne en blé dur. Les résultats sont assez corrects, cependant “cela reste un métier difficile, physiquement et nerveusement. Mais je ne retiens que le positif, le côté concret, on fait des choses utiles. Il faut juste savoir s’adapter, vivre par rapport aux saisons, prendre en compte que l’agriculture est cyclique, que nous sommes dépendants du marché, de la météo et d’un tas de choses imprévisibles.” Son objectif est également d’augmenter ses activités de diversification. Il développe donc depuis trois ans un atelier maraîchage. “J’ai installé 4 ha de serres photovoltaïques. C’est une serre hollandaise faite de verre plat, culminant à 7 m en son faîtage et coiffée par des panneaux produisant de l’électricité. Je cultive des asperges et des fraises, en pleine terre, avec rotation de culture, pour une distribution en circuit court, épicerie, GMS et particulier.”
Depuis l’an dernier, il a créé un groupement d’employeurs avec son épouse, son beau-père et son beau-frère. Grégoire plaide pour une agriculture propre. “Avec une généralisation du biocontrôle sur mes cultures de fraises sous abris grâce aux insectes auxiliaires, à la fleur de soufre, aucun pesticide n’est utilisé. J’ai également fait le choix d’utiliser les thrichogrammes sur mes cultures de maïs semences afin de lutter contre la pyrale du maïs sans insecticide chimique. La systématisation du binage de précision sur mes cultures de semences en collaboration avec les ingénieurs de la Fnams (Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences) me permet de tester des méthodes de désherbage alternatives et complémentaires.” En 2015, Grégoire a créé avec 16 autres agriculteurs, la Cuma de la diversification. “Face aux inquiétudes de certains apiculteurs, et au risque de pénurie de ruches de notre petite région, nous avons souhaité sécuriser nos besoins, mais également prendre notre part de responsabilité. Par l’acquisition de 380 ruchers au cours des cinq dernières années, nous avons relevé un défi triple : installer deux jeunes apiculteurs, rassurer les apiculteurs concernant nos pratiques, et pérenniser la pollinisation sur nos exploitations agricoles. Il s’agit d’un dispositif original gagnant-gagnant. Nous achetons les essaims et les ruches et les mettons à disposition des apiculteurs toute l’année. La seule contrepartie demandée est de poser les ruches quelques semaines pendant les périodes de floraison de nos cultures. Nous avons à cet effet rédigé une charte engageant chacune des parties. Hormis un accident il y a deux ans, aucune mortalité supérieure aux cycles naturels n’est à déplorer.”
Autre corde à son arc, après plusieurs années d’engagement syndical intense aux Jeunes Agriculteurs, Grégoire est actuellement administrateur SAMS 11 (Syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences de l’Aude) et président de la caisse locale Groupama Ganguise et Lauragais (Région de Castelnaudary). “Les valeurs collectives et mutualistes me tiennent à cœur. Face aux bouleversements climatiques et économiques traversés par l’agriculture, l’assurance agricole se réinvente en permanence, je souhaite y participer à mon humble niveau.” 

Laurence Durand

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