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Journées drosophila suzukii : La filière en attente de solutions rapides

Pour diffuser les résultats des travaux en cours sur Drosophila suzukii, le CTIFL, l’Inra, la FNPF (Fédération nationale des producteurs de fruits) et Légumes de France ont organisé une rencontre technique les 1er et 2 décembre, sur le centre CTIFL de Balandran, en partenariat avec le GIS Fruits.

2016_3630-13Durant ces deux journées, une restitution des travaux de recherche et d’expérimentation récents, un éclairage sur la situation française et dans plusieurs pays d’Europe (Suisse, Allemagne, Italie) et une table ronde avec les professionnels des filières concernées étaient au programme. Drosophila suzukii est un ravageur originaire d’Asie, qui connaît depuis 2008 une progression spectaculaire. Identifié en France en 2010, il cause des dégâts très importants sur de nombreuses espèces fruitières, sur cerises et petits fruits rouges (fraises, framboises, mûres, myrtilles). En marge de la présentation des résultats de recherche, s’est tenue une table ronde avec plusieurs professionnels de la filière fruits et légumes impactés par le ravageur. Invité, le directeur technique de la coopérative Sicoly, Philippe Massardier estime que la gestion de crise sanitaire est complexe. “J’ai l’espoir qu’on arrive à en sortir rapidement”, a-t-il martelé. Ajoutant qu’aux Etats-Unis et en Europe tout comme en Asie, des moyens colossaux sont déployés pour déboucher sur des solutions adaptables aux producteurs. “Je tiens à rappeler que derrière les choix de recherche, il ne faut pas oublier qu’il y a le devenir des hommes et des femmes qui vivent de ces productions. La Drosophila suzukii sera particulièrement active en 2017. Il y a donc urgence à trouver une solution, car il y a des producteurs de cerises totalement en crise actuellement. On n’a pas le droit de les laisser dans l’incertitude.”

Pour un plan de financement pluriannuel
Luc Barbier, président de la Fédération des producteurs de fruits est quant à lui revenu sur l’interdiction du diméthoate en février 2016. “C’est un fait, la décision est arrivée à un moment précis. Ce sujet a été mal réfléchi et l’on peut noter une non-préparation et des inexactitudes au sein même du ministère de l’Agriculture”, a-t-il dénoncé. Pour sortir de cet imbroglio, il estime qu’il est nécessaire d’être en ordre de bataille pour limiter l’impact de ce ravageur sur les cultures sinon ce sera “une grande catastrophe. Nous avons besoin de chasser en meute et que tout le monde tire dans le même sens, à savoir, trouver des solutions pour lutter contre Drosophila suzukii. Aujourd’hui on n’est pas forcément bien organisé. Mais je le dis, nous ne sommes pas contre un plan collectif volontaire à l’échelle de l’ensemble des producteurs.” Fort de ce message, Luc Barbier poursuit : “l’Etat est capable de se mobiliser à Belfort pour 600 M€ et 400 emplois, l’enjeu de Drosophila suzukii, c’est 40 000 emplois minimum… Quant l’Etat veut trouver de l’argent, il y arrive ! Si l’Etat veut protéger le consommateur, il privilégiera la production française, or ce n’est pas ce qui se produit… On laisse entrer de la production étrangère ! Où est la logique ?”, s’interroge-t-il. Pour lui, l’action doit être menée en commun. “Il y a une nécessité absolue à mobiliser les moyens de toute part de l’Inra, du CTIFL, des stations d’expérimentation régionales… Et privilégier un plan de financement pluriannuel pour que nous, producteurs, nous puissions gagner de l’argent !”

Les travaux de recherche en question
Reste la délicate question de la recherche et de ses implications pour les producteurs. “La recherche fondamentale donne des résultats au bout de cinq à sept ans, mais les solutions pour les producteurs doivent être trouvées et utilisables dès la prochaine saison en avril 2017 !” estime Gérard Roche, président de la Tapy et représentant du syndicat des producteurs de Légumes de France. Il a par ailleurs annoncé que la Tapy allait tester des filets insect proof sur vergers existants pour ce mode de protection contre le ravageur. Et d’ajouter : “Traiter les cultures, c’est un fait mais pas une fin en soi. Il nous faudra un prédateur à lâcher massivement sur les cultures pour éradiquer Drosophila suzukii et ces lâchers devront être soutenus financièrement par le ministère de l’Agriculture.” Au cœur des recherches en expérimentation, Claire Weydert, au CTIFL de Balandran, estime qu’il existe de nombreux projets en cours à l’échelle européenne dont un déposé très récemment pour l’expérimentation auprès de la Commission européenne. En effet, le projet Casdar s’est achevé en juin dernier. Les résultats de la recherche fondamentale sont d’importance mais dit-elle, “nous allons avoir besoin de recherche expérimentale via un nouveau Casdar. Après on peut se poser la question du financement. Un Casdar c’est trois ans, il faut peut-être plus de monde et plus de moyens pour faire avancer les choses plus rapidement. Dans les faits, si on souhaite réaliser un piégeage massif, il faut compter entre 5 à 10 000 € et pour une protection insect proof sur les vergers, cela coûte entre 40 à 50 000 € à l’hectare… Ce n’est pas rien en terme de moyens financiers nécessaires”, ajoute-t-elle.
De son côté, le représentant de la DGAL (Direction générale de l’alimentation) s’est dit plutôt confiant à la tribune : “Je suis relativement optimiste quant à l’arrivée d’éléments et leviers pour limiter la pression de ce ravageur.” Mais il estime que le problème réside dans le manque de temps nécessaire à la recherche pour trouver des solutions pérennes.

Et l’indemnisation des producteurs ?
Suite à l’interdiction d’utilisation du diméthoate, Luc Barbier tempête : “Le ministre s’était engagé à indemniser les producteurs français en tenant compte des règles de minimis comme base juridique pour éviter de revivre l’histoire des plans de campagne ! Aussi un plan de lutte collectif volontaire nous a été demandé durant la deuxième quinzaine de juillet. Ce plan a été refusé par les bureaux à Paris…” Quant à mettre en place un nouveau plan collectif aujourd’hui, il ajoute : “Je dis banco. Mais avec trois conditions préalables : un engagement financier sécurisé pluriannuel, si ce n’est pas écrit on ne travaillera pas, éviter que Paris remette en cause le travail effectué par les équipes et que ce plan soit économiquement praticable sur une exploitation.” Et pour la recherche, son message est clair : “Je souhaite et demande que le CTIFL soit associé car les professionnels sont présents par ce biais.” Et Gérard Roche d’ajouter : “Il faut qu’il y ait un transfert des recherches et une coordination nationale et européenne. En fraise, c’est grave, ce sont les fruits les plus touchés. Il faut des personnes de la recherche fondamentale pour le moyen et long terme et une expérimentation sur le court terme. Pour demain, il nous faut une solution phytosanitaire, il faut que l’on puisse mailler et protéger la culture au mois d’avril prochain.” Enfin Luc Barbier prévient : “Les discussions ne sont pas encore finalisées sur les indemnisations ! On n’a pas encore décidé. Aussi, nous allons peut-être passer à l’action.” 

La situation en France en 2016
Selon les dernières données de l’équipe du CTIFL, la situation en France fait état d’une forte pression de Drosophila suzukii : fortes captures en hiver et peu de froid, conditions climatiques printanières propices au développement du ravageur, et conditions climatiques estivales variables et plutôt favorables à Drosophila suzukii sauf dans la zone méditerranéenne où le climat était chaud et sec. Sur petits fruits, la prophylaxie a permis en général de retarder et limiter les dégâts. Sur cerises, des attaques sont apparues sur les variétés précoces dans le Sud de la France (mi-mai) et la pression s’est révélée globalement élevée durant toute la récolte. Localement, il est à noter une explosion des dégâts vers la fin juin, début juillet et ce malgré la protection chimique en particulier en Paca et Rhône-Alpes. Des dégâts sont signalés sur d’autres fruits en abricot et pêche surtout en Rhône-Alpes dès début juillet. Sur petits fruits, la situation a globalement été maîtrisée sur fraise et framboise (prophylaxie et traitements). Des dégâts localement importants ont été détectés fin avril en Paca et à partir de juin-juillet en Auvergne, Rhône-Alpes, Aquitaine et Limousin. Les dégâts se sont intensifiés sur les récoltes tardives à partir d’août-septembre.

Anne-Solveig Aschehoug

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