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Pic Saint-Loup : Le Château de Lancyre fortement impacté par la grêle

Quelques mois après l’orage de grêle du 17 août qui s’est abattu sur son exploitation, Régis Valentin, à la tête du Château de Lancyre, fait le point.

2016_3631-9Le Château de Lancyre est un domaine familial de 83 hectares au cœur du Pic Saint- Loup, dont 50 ha en AOC Languedoc Pic Saint-Loup, 5 ha en blanc et le reste en IGP. Le vignoble est réparti sur différentes parcelles en coteaux sur un terroir majoritairement calcaire. Lovés au sein de la garrigue, s’épanouissent syrah, grenache, mourvèdre, cinsault et carignan pour les rouges et les rosés ; roussanne, marsanne et viognier pour les blancs. Tout commence avec l’arrivée en 1870, d’Etienne Durand, sur ces terres arides et calcaires. Il vit de l’élevage de moutons et de la vigne. Les générations suivantes perpétuent cette tradition jusqu’au début des années 80, où Bernard Valentin, Bernard et René Durand se consacrent aux prémices de l’appellation Pic Saint-Loup. Ils sont rejoints par Régis Valentin, en 1995, fraîchement diplômé d’œnologie qui continue la restructuration du vignoble. Il étoffe et modernise la gamme des vins. Aujourd’hui, à la tête du domaine et entouré par une équipe de dix personnes, il élabore 350 000 bouteilles issues en totalité des raisins produits sur le domaine et vendues dans le monde entier.
L’exploitation a été largement impactée par l’orage de grêle du 17 août dernier. Régis Valentin raconte : “Les effets d’un tel orage sont dévastateurs. On ne comprend pas. C’est un véritable abattement… Sur l’ensemble du domaine, il n’y a qu’une parcelle qui n’a pas été touchée. On vit avec la nature. Ces dégâts ont été durs, car cela a anéanti tout le travail engagé. Un beau millésime se préparait On était à trois semaines des vendanges. A ce stade phénologique, il n’y a jamais eu de grêle dans toute la France. Sur mon exploitation, il n’avait pas grêlé depuis 1997. Le temps s’est assombri d’un coup, rien n’annonçait un tel orage,” se souvient-il. “C’est un risque que l’on ne peut pas éviter.” Les pertes de rendement s’établissent aux alentours de 20 à 25 % d’une récolte normale.

Conserver la clientèle
Pour l’heure, le souci de Régis Valentin est de conserver ses clients : “Cela fait plus de trente ans que l’on fait de la vente, on a créé un réseau commercial. Aussi, à la suite de l’orage de grêle du 17 août, on a appelé nos clients et on leur a alloué un nombre de bouteilles défini.”
Bénéficiant d’une assurance récolte, Régis Valentin estime : “Vous vous assurez sur un capital, donc vous savez ce que vous allez obtenir. Il s’agit d’une assurance minimum pour pallier un problème sur un domaine qui emploie dix salariés à l’année et faisant face à des investissements importants.” Présent, Groupama a eu un rôle de soutien et d’assistance dans ce coup dur. Un expert est venu faire le point sur les parcelles endommagées à la fin des vendanges permettant ainsi à Régis Valentin de recevoir un acompte. Par la suite, une fois la déclaration de récolte réalisée, il pourra toucher le reste de la somme. Mais, déplore-t-il, le risque commercial n’est pas assuré.
“On a pris l’option d’acheter du raisin”, explique-t-il. “Des aides se sont mises en place rapidement.” Dès le vendredi qui a suivi l’orage, une cellule de crise a été créée. L’Etat et les collectivités locales se sont mobilisés avec le soutien de la Chambre d’agriculture. “Tout cela s’est fait rapidement pour que les choses avancent vite”, indique Régis Valentin. La cellule de crise rassemblait le syndicat du Pic Saint-Loup, la cave coopérative de Vendargues, l’Etat (la DDTM), la Chambre d’agriculture, la MSA, le Département, la Région, les communautés de communes. “Tout le monde a avancé dans la même direction.”

Une cuvée Languedoc
L’achat de raisin a permis de réaliser, avec notre savoir-faire, une cuvée Languedoc. Mais, on ne pourra pas l’appeler Château de Lancyre. Les raisins que nous avons reçus ont été vinifiés chez nous.  Nous n’avons pas encore arrêté de nom original pour cette cuvée. Il y aura une cuvée rouge Languedoc et une cuvée rosé Languedoc. Avec ce qui a pu être sauvé de notre récolte, on produira une cuvée AOC Pic Saint-Loup Coteaux du Languedoc Pic Saint-Loup. Au total, on a produit 4 000 hl de vin, soit 20 à 25 % de moins qu’une année normale. Sans l’apport de raisin, on serait tombé à 1 000 hl. Nous aurons des incidences sur les prochaines vendanges, on aura moins de réserve sur les grenaches. Pour l’heure, on vit dans l’incertitude, on ne sait pas quelles seront les conditions climatiques du printemps à venir. Et puis on doit adapter la taille en fonction des parcelles, selon si elles ont été touchées par la grêle. On vend les vins en décalage, on vend les cuvées 2015. C’est l’année prochaine et celle d’après que l’on sentira réellement l’impact sur le domaine. Être vigneron est une remise en question permanente. On plante une vigne mais on ne sait pas ce que cela donnera et comment la vente de vin se passera.” Ce qui est sûr et c’est une valeur importante, les vins du Languedoc ont bonne presse, il faut surfer sur cette tendance.

Les aides obtenues

Les vignerons du Pic Saint-Loup ont obtenu de multiples aides dont Régis Valentin fait le décompte :

 exonération de charges sur le foncier non bâti ;
 dispositif d’aides aux calamités agricoles pour les pertes de fonds de jeunes plants de vigne (plantier des deux premières années) à arracher ;
 autorisation exceptionnelle d’achat de raisin ;
 dispositif d’aide à la taille (évaluation du surcoût lié à la grêle) et prise en charge à hauteur de 50 % par le Conseil départemental ;
 dispositif d’aide au surcoût de vinification (amortissement des charges) ;
• dispositif d’aide à la promotion et à l’export via Sud de France et le Fia (Région) ;
 aide à la trésorerie et à l’emploi (avances remboursables, besoin en fonds de roulement, aide à un décalage de trésorerie) (Région) ;
 appui technique exceptionnel de la Chambre d’agriculture de l’Hérault en salle et sur le terrain ;
 aide de la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup pour le syndicat des vignerons du Pic Saint-Loup dans ces actions de promotion et dans son fonctionnement.

Pour autant Régis Valentin indique : “Les aides dans leur globalité ne sont pas connues, tout dépend de chaque exploitation. Ce qui est sûr, c’est que le Département aidera à hauteur de 162,50 €/ha pour la taille des vignes endommagées par la grêle.”
En parallèle, des soutiens se sont multipliés.
Des personnes qui n’avaient rien à voir avec la viticulture se sont mobilisées pour les vignerons du Pic Saint-Loup.
A Fiesta Pic par exemple, à Saint-Mathieu de Tréviers, Patrice Robert, en voyant les dégâts de la grêle, a décidé de sa propre initiative, d’organiser un concert gratuit. Les commerçants ont donné du pain, de la charcuterie et des produits du terroir. Tous les bénéfices ont été reversés aux vignerons. A Fiesta Vendemia, des dons de vins de Baumes-de-Venise et de Cairanne ont été vendus et les bénéfices reversés au syndicat des vignerons du Pic Saint-Loup.
“Ce qui a été magnifique, c’est de voir la ferveur des gens. Tout comme les vignerons, ils sont attachés à leur territoire, au Pic Saint-Loup.” 

Anne-Solveig Aschehoug

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