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Domaine viticole : Cadablès, du vin comme avant

Christine et Bernard Isarn ont réalisé une reconversion réussie. Originaires du Languedoc, ils ont décidé un jour, de quitter leur terre natale pour la Corse du Sud. Pendant dix ans, ils ont été potiers céramistes à Portigliolo. En 2004, retour au pays, avec l’achat d’une bâtisse entourée de vignes : le début d’une nouvelle aventure.

2017_3633-16C’est un beau projet, c’est une belle histoire… Christine a 19 ans et habite Montpellier. Elle passe un BPA élevage, en Lozère. Bernard, lui, a 21 ans. Il habite Béziers et a un bac commercial en poche. Ils se sont connus, se sont plu et se sont mariés deux ans plus tard, en 1989. La famille s’agrandit avec quatre enfants : trois garçons et une fille. “Au départ”, explique Christine, “on cherchait un truc à acheter dans le coin. On voulait partir de l’île de Beauté et revenir vers la famille”. L’envie de changer de vie et de faire du vin les a poussés à réaliser le parcours des JA et à acheter le Domaine de Cadablès à Gabian, alors dans un état plus que délabré. “On ne connaissait pas grand chose”, explique Bernard. “On a d’abord débarqué chez les parents, tout en réalisant les travaux au sein de la propriété. Cela a été rude. On a campé dans les tentes avec les quatre petits. Mais notre achat a été un coup de chance à double titre. Le prix a été raisonnable et surtout la terre n’a jamais été polluée. L’ancien propriétaire faisait du bio. La propriété s’étend sur 30 ha de terres, dont 7 ha de vieilles vignes datant des années 60, 70 laissés à l’abandon.” C’est en 2010, après un passage à la cave coopérative, que le couple a commencé in situ la production de vin. Et ce, après avoir réhabilité le bâti, le vignoble et appris les rudiments du vin et de la vinification par le biais d’amis et de rencontres fructueuses. Christine et Bernard ont mis en place des techniques respectueuses de l’environnement (animaux dans les vignes l’hiver, plantation de nouvelles essences, maintien des haies), et en encourageant la biodiversité.

Au départ, nous sommes des artistes, mais
on se considère aussi comme des paysans.

Cadablès, c’est l’esprit d’aventure
Bernard et Christine sont à l’image de leurs vins, chaleureux et sincères. “On a tout laissé tomber pour créer un domaine, un esprit dynamique et humaniste. Nous sommes en bio, bien qu’officiellement en reconversion. Le reste, ce sont des champs où l’on essaie l’agroécologie. On réintègre des animaux sur les parcelles, car on ne peut pas tout gérer seuls. On  propose donc aux éleveurs de venir s’installer pour un temps. Chaque animal recrée ici une culture paysanne, ce qu’on a oublié ! La culture conventionnelle a 50 ans. L’objectif est de revenir à une espèce de paradis perdu. On accueille une jeune femme qui fait des yoghourts. Nous avons des vaches, des chevaux, des ânes et des abeilles, mais aussi des poules et des canards qui nettoient les sols en améliorant leur qualité. Au départ, nous sommes des artistes, mais on se considère aussi comme des paysans, on ne triche pas”, explique Bernard. Leur philosophie de travail est de réintégrer la vigne dans son espace naturel, avec ses buissons, ses haies. Ils n’enlèvent pratiquement rien, et laissent la végétation. “D’où l’importance des 30 ha qui nous appartiennent, nous sommes autonomes. On essaie d’améliorer la biodiversité, on replante de la lavande, du romarin, de l’eucalyptus. Dans chaque plante, il y a une microbiologie propre, qui rééquilibre tout. Il y a de la vie, des insectes, des oiseaux, on revoit des chauves-souris, des vautours… C’est un aspect important. La terre vivante a une incidence sur le goût”, insiste Bernard Isarn. Le couple a des projets plein la tête. Il va essayer d’introduire via un berger, des moutons, pendant l’hiver afin de retailler l’herbe des collines. Leur côté humaniste est payant, les gens accueillis participent à l’ouvrage contre un hectare gratuit. Avec un de leur fils paysagiste, ils vont remettre des BRF (bois raméaux fragmentés) pour recréer un paillage naturel.

Une philosophie qui porte ses fruits
Ces vignerons indépendants, comme ils aiment se définir, ont monté progressivement leur cave au domaine, et produisent désormais en moyenne 15 000 bouteilles par an. Ils élaborent quatre cuvées des trois couleurs et se revendiquent comme la première génération de vignerons défricheurs. “Nous avons un blanc par exemple, un terret, un cépage du Languedoc que l’on arrache en masse. Il en reste très peu et il est très bien adapté à notre terroir. On produit aussi avec 90 % de mourvèdre, notre Terre promise. On a osé cela, c’est pur et très bon. On a aussi un carignan quasiment pur. Notre Chemin à l’envers, notre Champ des pierres sont des vins très fluides, digestes, de garde avec de la matière, de la finesse grâce à des sols vivants et une maturité optimale”, souligne le vigneron. Ce mas typique languedocien, situé sur une plaine surplombée d’un volcan, lui offre un caractère, un esprit sur un terroir exceptionnel d’argilo-calcaire, basaltique. De coups de main en rencontres, le couple a fait ses preuves et a gagné en confiance. Bernard explique fièrement que son vin et sa méthode culturale sont étudiés au restaurant gastronomique de la célèbre école d’hôtellerie de Lausanne. Au moment de la dégustation, un des chefs sommeliers a dit : “Ça, je ne le crache pas, c’est trop bon !” Les vins du domaine se retrouvent sur les bonnes tables des restaurants gastronomiques de la région et de Paris, et affichent 30 % à l’export (USA, Belgique et Suisse). Leur rosé a même été commercialisé chez Fauchon. Encore une fois, grâce au hasard des rencontres, lors de l’organisation au domaine d’une soirée piano dans les vignes, se trouvait le sommelier de la célèbre enseigne. “On fait plein de trucs pour se faire connaître car on n’est pas vigneron de père en fils. On organise donc des événements au domaine, des concerts l’été avec l’école de musique de Béziers par exemple, des chants polyphones corses, la venue d’un pianiste de l’opéra d’Avignon. Nous avons aussi organisé des vendanges avec des frontales, sans compter les journées portes ouvertes, l’opération ferme en ferme,” précise Bernard. Le couple a pour projet de créer un Gaec familial. Il aimerait aussi agrandir un vrai caveau, et développer l’œnotourisme. Depuis l’an dernier, ils ont mis en place sur le domaine du woofing* pour les vendanges. Leur gîte de 130 m2 est ouvert d’avril à novembre pour faire découvrir l’esprit Cadablès. 

Laurence Durand

* Système d’organisation qui consiste à faire travailler bénévolement des personnes sur une exploitation agricole et biologique, en échange du gîte et du couvert.

Christine et Bernard Isarn, Domaine de Cadablès, Chemin du Pétrole, 34320 Gabian. Tél. 04 67 24 76 07/ 06 66 99 67 78.  www.cadables.com

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