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Viticulture : Vers un encadrement des vins naturels ?

Nouvelle tendance issue des vignobles, les vins dits naturels séduisent une clientèle de jeunes consommateurs. L’Inao réfléchit à encadrer l’utilisation du terme. Emmanuel Cazes a participé à la réflexion.

2017_3633-6Depuis une bonne dizaine d’années, a surgi une nouvelle catégorie de vins dans l’offre déjà vaste de la viticulture française. Mais si les vins naturels ont fleuri dans tous les vignobles, l’appellation, non contrôlée, rassemble des produits aux profils très différents. C’est pourquoi, l’Institut national des appellations d’origine (Inao) réfléchit, depuis plusieurs mois, à une normalisation de la terminologie “vins naturels” qui permettrait de préciser les conditions de production de ce type de produit. Le Roussillonnais Emmanuel Cazes, du domaine éponyme, participe aux travaux de la commission scientifique de l’Inao et a donc pris part à l’instruction du dossier. “Il est vrai que l’on parle beaucoup de ces vins aujourd’hui, sous différentes dénominations, vins naturels, nature, sains ou même “sans intrants”. Dans l’esprit des consommateurs, ces produits peuvent apparaître comme plus vertueux que les vins de l’agriculture biologique”, explique Emmanuel Cazes. Une confusion d’autant plus dommageable, que ce nouveau segment du marché est occupé par des producteurs très différents, aussi différents que leurs produits. “En schématisant à l’extrême, nous pouvons dire qu’il y a plusieurs types de producteurs engagés dans ce mouvement ou qui utilisent ce terme. D’un côté, il y a les vignerons bio de la première heure qui veulent aller au bout de leur réflexion et de leur démarche. D’un autre, il y a une frange de vignerons marginale, “anti-système”, qui refuse tous les systèmes mais qui fait son travail avec conscience. A côté de ces deux catégories, il y a des vins qui affichent la mention nature mais qui contiennent du soufre. Enfin, il y a également des gros faiseurs qui mettent en marché des vins dits natures, effectivement sous les seuils en soufre, mais qui sont issus de processus très technologiques.”

Sur une base bio
Ces vins sont souvent plébiscités par les jeunes consommateurs, ceux qui feront le marché demain. “Pour mettre de l’ordre dans l’utilisation du terme, deux choix s’opposent. Interdire purement et simplement la mention ou tenter de définir un cahier des charges qui encadre l’utilisation du terme”, ajoute Emmanuel Cazes. C’est sur cette dernière hypothèse que le comité scientifique de l’Inao a planché. “Nous nous sommes rapprochés de la seule association consacrée à ce segment du marché qui existe et qui a déjà mené un travail préparatoire afin de voir ce qui avait été fait. Nous avons également regardé au niveau européen, mais pour nous rendre compte qu’il n’y avait pas grand chose à attendre de ce côté là. En Italie, par exemple, cette mention est très courante. 60 % des vins l’arborent…” L’idée étant de mettre sur pied une mention complémentaire pour qualifier ces produits. Parmi les conditions posées, il faudrait donc, en premier lieu, que les raisins et la vinification soient bio pour pouvoir prétendre à cette mention. “Aux Etats-Unis, il existe trois niveaux de “bio” sur le marché, contre un seul au plan européen. Cette qualification de vin naturel pourrait correspondre au niveau ultime”, précise Emmanuel Cazes. Maintenant que la réflexion est bouclée, il revient aux autres comités de l’Inao de se prononcer, notamment les comités AOP et IGP. Qui ne voient pas forcément d’un bon œil la création d’une nouvelle classe de vins plus “naturelle” que les autres. Si le ministère semble appuyer la démarche et souhaiter qu’elle aboutisse, il reste encore un bout de route non négligeable à parcourir. Et mettre tous les producteurs de vins naturels d’accord sur une méthode, ne sera pas forcément la tâche la moins ardue. 

Yann Kerveno

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