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Aménagement : Le canal du Midi en sursis ?

2017_3634-5Trait d’union fluvial et touristique entre Toulouse et l’étang de Thau, le canal du Midi est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Ce bien national d’exception a pourtant besoin d’un rafraîchissement et d’un nouveau mode de gouvernance, initiés lors des premières Assises dédiées à l’avenir du site, à Carcassonne.

De la Haute-Garonne à la Méditerranée, nul autre ouvrage ne pourrait mieux illustrer la jonction entre les deux anciennes régions. Voie d’eau historique et outil économique, le canal du Midi jouit de son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais sa superbe s’est ternie au fil des années. Dégradation des abords, problème de gouvernance, platanes décimés par le chancre coloré, perte d’attractivité pour le transport de marchandises… Cette baisse de régime laisse craindre, à tort ou à raison, un déclassement du site à l’Unesco. Seul le canal étant labellisé, quid des rives et des communes qui jalonnent les 241 km de ce chantier initié par Pierre-Paul Riquet en 1666 ? Le cas d’école méritait bien une grande concertation réunissant le préfet d’Occitanie Pascal Mailhos, la présidente de région Carole Delga ainsi que tous les acteurs impliqués, des services de l’Etat aux élus locaux, pour poser les bases d’un plan de gestion et de maintien sur la liste. Plus de 250 personnes ont répondu présent pour réfléchir à une préservation optimale de ce patrimoine touristique, économique et agricole.

La colonne vertébrale de la nouvelle région
351 ans après sa mise à flots, prolongé par le canal de Garonne depuis le XIXe siècle, le canal du Midi représente aujourd’hui, plus qu’une voie de navigation commerciale d’origine, un atout touristique pour l’Aude, l’Hérault, la Haute-Garonne et le Tarn. Une vitrine régionale, et bien au-delà, qu’il faut cependant préserver et relancer d’ici 2019, date de la prochaine évaluation périodique de l’Unesco. D’où ces premières Assises au cours desquelles un Comité de Bien du canal du Midi s’est concerté pour maintenir le site classé et préfigurer un plan de gestion durable. D’échanges entre services de l’Etat et élus à des ateliers, la parole a pu se libérer, selon les souhaits du préfet qui ne souhaite laisser «personne au bord du chemin.» Pour Frédéric Lacas, président de l’Agglomération Béziers Méditerranée, le canal «est la colonne vertébrale de notre nouvelle région.»
Désormais symbolique trait d’union des deux territoires, le canal du Midi méritait bien une action d’ampleur pour ne pas végéter comme un simple site de plaisance, de moins en moins entretenu.
Refusant de voir ce patrimoine se dégrader, les intervenants sont déjà d’accord sur un point. «Un patrimoine certes, mais devenu une friche à certains endroits», regrette Gérard Larrat, le maire de Carcassonne. «Il faut que VNF (Voies navigables de France) le dépoussière même un peu.» Et d’en profiter au passage pour inciter l’Etat à assurer une concertation avec les élus. «Le canal du Midi, c’est notre canal, pas celui de Paris ! Les décisions doivent se prendre au plus près», lance Gérard Larrat.

Travailler de concert avec les communes
Fustigeant la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) «qui décentralise», le maire de Carcassonne souhaite, au nom de toutes les communes concernées, «une structure juridique, sur place.» Gérard Larrat estime que les maires doivent prendre part activement au pouvoir décisionnel, en référence au mode de gouvernance à choisir pour mener de concert les efforts à venir. «Si on en est là, c’est qu’on n’a rien fait pendant des décennies», regrette l’édile de la Cité.
Comme le canal du Midi réunit quatre critères culturels sur les six que l’Unesco a fixé, il n’y a pas de quoi craindre un déclassement pour Patrick Maugard, le maire de Castelnaudary, ville où le canal a été inauguré en 1681. Selon les critères établis par l’Unesco en 2009, ce «grand site du monde» représente un chef d’œuvre du génie créateur humain, témoigne des échanges d’influences sur le développement de l’architecture, de la planification des villes ou de la création de paysages. La voie d’eau offre également, selon lesdits critères, un exemple éminent d’un type de construction (…) illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine et est associée à des événements ou des traditions vivantes…
Patrick Maugard également président de l’association des maires de l’Aude, ne croit donc pas à la perte du label. «Initialement, c’était un objet économique, puis c’est devenu un sujet patrimonial», note-t-il. «Mais aujourd’hui, qu’est-ce qu’on en fait ? Un musée ou un linéaire vivant ?» Traversant 92 communes, comment gérer les 241 km de voie et ses abords ? De manière homogène ou au bon vouloir des collectivités concernées ? Il faut d’abord décider du mode de gouvernance, «c’est primordial», estime Patrick Maugard «et après, parler stratégie», en accord avec les services de l’Etat, tels que la Dreal (Direction régionale environnement aménagement logement).
La sous-préfète et directrice du projet, Marie-Thérèse Delaunay, semble abonder en ce sens : «l’inscription selon ces quatre critères est immuable. Mais nous devons répondre à quatre exigences : la protection des paysages, la gouvernance, le plan de gestion et le travail à effectuer dans la zone tampon”. La représentante de l’Etat assure que les élus des communes ne seront pas exclus. Quant à la gouvernance, «c’est déjà ce qu’on fait ici !» Désirant créer une instance dédiée à ce bien de l’Unesco, Marie-Thérèse Delaunay prévient : «il faut déjà savoir ce que l’on veut faire de la structure avant de la créer».

Quels moyens pour valoriser ce patrimoine ?
Chargée de mission Unesco à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, Katia Bonningue insiste : l’objectif est de respecter les dix structures paysagères, les règles de partage et les bonnes pratiques. Tout en admettant que «les prescriptions d’aménagement ne peuvent pas être les mêmes”. Hautement concernée, l’activité agricole dans toute sa diversité sera prise en compte par la charte paysagère, précisant que «90 % des terres traversées sont agricoles».
En dépit des expertises et des bonnes volontés, la question du financement n’a pas été occultée. Patrick Gironnet, chef de service aux Architectes des Bâtiments de France du Tarn, en a appelé aux instances en présence : «Nous pouvons accompagner les réflexions, apporter notre conseil, mais qui va contribuer aux finances pour sauver ce patrimoine, pour les communes qui n’ont pas les moyens ?» Investissant «25 à 26 M€ par an», en cofinancement avec la Région, les Départements, le mécénat, VNF est le gestionnaire du canal sous la houlette du ministère de l’Ecologie. L’office, par la voix de son directeur territorial Sud-Ouest Jean Abèle, se donne pour mission de favoriser la longévité du site, et de «relancer la structure dans son ampleur» sur le canal des deux Mers.
Les «Ateliers canal» prévus du 22 au 24 février, consacrés au patrimoine, à l’aménagement du territoire ou à l’environnement, poursuivront l’impulsion collective initiée par ces Assises pour remettre le canal à flot. 

Philippe Douteau

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