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Invention : De l’art de la débrouille et du vin

Bernard Rouanet, vigneron dans le Minervois et entrepreneur en travaux agricoles, fabrique depuis des années ses propres outils. Parti du principe qu’il ne trouvait pas sur le marché ce dont il a besoin, ce bricoleur s‘est ainsi créé sur mesure des “trucs qui ne ressemblent à rien” comme il aime le préciser.

2017_3634-16Né dans le Tarn, Bernard Rouanet est fils et petit-fils de vignerons. Son premier métier a été celui de berger dès l’âge de 11 ans. Il a suivi ses parents qui étaient alors éleveurs de moutons. Bernard a ensuite accompli une formation de mécanicien et a exercé ce métier pendant sept ans. Il arrête la mécanique pour partir dans une Cuma en tant que chauffeur d’engins. Après avoir racheté tout le matériel, il s’installe à son compte. “J’ai récupéré la clientèle et démarré avec un, puis deux tracteurs, un tractopelle puis un camion avec un total de 12 salariés à Olonzac.” Pendant 28 ans, Bernard Rouanet a donc travaillé dans les travaux agricoles et travaux publics (aménagement paysager) mais pas seulement… Car cet autodidacte fonctionne à la passion. “J’ai toujours tout fait au feeling. La création est une passion pour moi, il faut sans cesse que je passe à autre chose. En parallèle à mon entreprise de travaux agricoles, à 26 ans, j’ai acheté aux enchères, au lendemain de la naissance de ma fille, une exploitation en friche, complètement abandonnée, à Montcélèbre, dans le Minervois. J’ai tout refait : il fallait défricher, replanter, construire la maison, j’ai passé des journées entières sans m’arrêter. Cela a été à peu près mon rythme durant 25 ans.” L’exploitation comprenait 8 hectares à l’origine. Elle est devenue aujourd’hui un domaine de 23 ha, implanté en bordure des gorges de la Cesse, près de Minerve, entre 250 et 300 m d’altitude, sur un sol argilo-calcaire. Avec cet achat, Bernard Rouanet avait en tête, au départ, d’assurer sa retraite. Il voulait la prendre à 45 ans et voyager. “Mais mes enfants en ont décidé autrement”, explique-t-il. “En 2002, j’avais 41 ans et un de mes clients a voulu racheter le domaine. Mon fils et ma fille n’étaient pas contents, me disant qu’ils avaient grandi là, que c’étaient leurs racines, qu’il n’était pas question de le vendre. Ma fille m’a alors convaincu qu’elle ferait ses études et qu’elle reprendrait l’exploitation. Elle avait alors 15 ans.” Audrey a eu son bac avec mention, a suivi des études d’ingénieur agronome, et a obtenu un diplôme d’œnologue. Elle s’est formée au Château de Beaucastel à Châteauneuf-du-Pape, puis dans la Napa Valley en Californie, et enfin en Toscane. C’est en 2012, qu’elle lance la première bouteille. Elle reprendra ensuite le domaine familial à Cesseras, au printemps 2015. La même année, elle a remporté une médaille d’argent, au concours général agricole à Paris et un coup de cœur au guide Hachette avec trois étoiles.

A chaque fois, j’ai créé le matériel par besoin et par manque
sur le marché.

Un terroir situé en pays cathare
Le domaine Rouanet-Montcélèbre offre une terre argilo-calcaire qui donne au vin une forte saveur aromatique et minérale. Il est en conversion en bio. “Ma philosophie était de faire mon vin”, explique Bernard Rouanet. “En 2006, j’ai acheté une cave à Aigues-Vives, que j’ai revendue pour en construire une sur l’exploitation. Quand j’ai tout replanté, je me suis lancé dans le vin bio, mais dans les années 90, les gens ne connaissant pas ce type de vin, j’ai tenu seulement deux ans. Depuis trois ans, avec ma fille, nous avons remis le domaine en culture bio, pour arriver à la certification. Au niveau des traitements, on n’utilise que du soufre et de la bouillie bordelaise.” La production atteint 800 à 1 000 hl, soit environ 20 000 cols, mais il y a également une partie en bib et négoce. Le domaine familial commence juste l’export avec notamment la Hollande, la Belgique et l’Allemagne. “Jérémy, le frère d’Audrey a prévu de rejoindre l’exploitation d’ici un ou deux ans”, précise Bernard Rouanet. “Mon fils est l’un des cinq meilleurs mondiaux free style moto-cross. A l’âge de sept ans, il voulait une Nintendo, je lui ai dit pas question ! Avec la nature que nous avons ici, je lui ai offert une moto-cross. Il a grandi, il en a voulu une plus grande et il s’est lancé dans ce sport. Il est très doué, il a été pilote officiel à 15 ans de KTM. Il a été le plus jeune de la team Yamaha France.”

Une imagination sans repos
Bernard Rouanet a des idées plein la tête et adore inventer ou aménager des outils de machinisme agricole. “A chaque fois, j’ai créé le matériel par besoin et par manque sur le marché. Par exemple, ma première adaptation, en 1991, a été une herse plate pour l’entassement des sou-ches. Introuvable dans le commerce, je l’ai faite évoluer, en l’agrandissant afin de renforcer sa densité et pour qu’elle s’adapte aux souches. Je l’ai équipée à l’arrière d’un boulier. Cela m’a pris trois ans. J’ai fabriqué, il y a 20 ans, un enrouleur à fil de fer pour enlever plus facilement les palissages. J’ai revisité également un finisher et une remplisseuse manuelle de bib pour de petites quantités ou encore une remorque aménagée avec un porte-tuyau pour arrosage. En 1996, avec un copain, on a été les premiers à commercialiser du bois de vigne en sac pour les barbecues. On a monté une usine de conditionnement à Lézignan-Corbières. J’ai tout dans ma tête. La nuit je réfléchis, les idées me viennent comme ça !” Bernard Rouanet le reconnaît, c’est du bricolage, mais cela lui facilite la vie et lui fait gagner du temps. Ce vigneron très proche de la nature est président d’une association de défense de l’environnement. Il est aussi 1er adjoint au maire à Minerve. Il est fier d’expliquer qu’il a réussi à faire imposer à la mairie, de laisser une bande végétale dans les vignes afin que les parcelles ne se touchent pas. Un  projet pilote qui s’est accompagné de nouvelles plantations pour diversifier la végétation face au manque d’irrigation tels que les chênes verts, les truffiers érables, oliviers, amandiers… “Je lance également un gros projet collectif d’irrigation sur les vignes du coteau en faisant une retenue collinaire de 150 000 à 200 000 m3, de façon à arroser 150 ha de vignes et installer également des panneaux photovoltaïques sur les plans d’eau.”
Son dernier projet en date et non encore élaboré : une machine pour extraire les racines du sol et les charger automatiquement dans un bac. “Quand une vigne est réaménagée, un labour profond pour sortir les racines est nécessaire car si elles restent dans le sol, elles risquent de contaminer les jeunes plants. Beaucoup plus rapide, cela évite le coût d’une main-d’œuvre élevé,” argumente Bernard Rouanet. 

Laurence Durand

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